Victoire de Nicolas Maduro à la présidentielle au Venezuela

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Victoire de Nicolas Maduro à la présidentielle au Venezuela

Le chef d'Etat par intérim du Venezuela, Nicolas Maduro, a proclamé sa victoire à la présidentielle, après avoir été déclaré vainqueur par le conseil national électoral (CNE) avec 50,66 % des voix, dimanche 14 avril, qualifiant devant la foule de ses partisans à Caracas sa courte victoire de "juste, légale et constitutionnelle" mais acceptant un recomptage des votes pour lever tous doutes sur le résultat du scrutin.

Le candidat de l'opposition, Henrique Capriles, a refusé de reconnaître la victoire de Nicolas Maduro, avant le recomptage de tous les suffrages. "Nous n'allons pas reconnaître un résultat avant que chaque bulletin des Vénézuéliens ne soit recompté, un par un", a déclaré M. Capriles lors d'une conférence de presse organisée après que son adversaire eut été officiellement déclaré vainqueur. "Le perdant aujourd'hui c'est vous, et je vous le dis fermement", a lancé le candidat de l'opposition au vainqueur déclaré, brandissant un document recensant 3 200 incidents relevés dimanche "au cours du processus électoral".

"Cette lutte n'est pas terminée", a ajouté M. Capriles, "nous allons insister pour que la vérité soit connue". L'unique représentant de l'opposition membre du CNE, Vicente Diaz, a également demandé que 100 % des voix soient recomptées, ce qui a été accepté par le président proclamé.

M. Maduro, 50 ans, dauphin désigné par l'ancien dirigeant charismatique, a remporté le scrutin face à M. Capriles, 40 ans, qui a obtenu, 49,07 % des suffrages. Le camp Maduro a aussitôt fêté la victoire de son champion, tirant des feux d'artifice devant le palais présidentiel de Miraflores. Du côté de l'opposition, les militants ont protesté contre le résultat en tapant sur des casseroles.

"NOUS SOUHAITONS LA PAIX"

D'après les résultats annoncés par le CNE, qui les a déclarés "irréversibles", Nicolas Maduro a réuni 7 505 338 suffrages, contre 7 270 403 à son opposant, parmi les 78,71 % des dix-neuf millions d'électeurs vénézuéliens qui se sont rendus aux urnes. Crédité de plusieurs points d'avance dans les sondages, le dauphin d'Hugo Chavez, mort le 5 mars d'un cancer, l'emporte avec un score plus serré que prévu. Il semble qu'Henrique Capriles, 40 ans, a réussi à refaire une bonne partie de son retard dans les derniers jours de campagne.

Après le début de la fermeture des bureaux de vote, le candidat de l'opposition avait mis en garde "le pays et le monde contre l'intention de vouloir changer le choix exprimé par le peuple", dans un message publié sur Twitter. Un signal adressé au camp adverse, emmené par le président par intérim.

Le vice-président vénézuélien, Jorge Arreaza, avait réagi aux propos d'Henrique Capriles en assurant que le gouvernement allait "respecter le peuple". "Attention, attention, Capriles. Attention, l'opposition", a-t-il répondu sur la chaîne officielle VTV.

Nicolas Maduro a quant à lui appelé au calme et a dit qu'il demandait à la commission électorale d'effectuer un audit du résultat. "Nous ne voulons pas la violence, nous souhaitons la paix, a dit M. Maduro dans une allocution à la nation. Ils souhaitent un audit, nous y sommes favorables. Je demande officiellement à la commission électorale nationale d'effectuer un audit." "Je suis ici pour assumer mes responsabilités avec courage(...). La lutte continue !", a clamé l'ancien conducteur de bus et ancien dirigeant syndical devant ses partisans.

UN SCRUTIN "NORMAL ET TRANQUILLE"

Lors du scrutin, le représentant de l'opposition avait incité les électeurs à dénoncer toute irrégularité et avait assuré qu'une "avalanche de votes" constituerait la meilleure réponse aux fraudes. Selon M. Capriles, les autorités auraient envoyé des textos à des fonctionnaires et à d'autres électeurs afin de les pousser à voter en faveur de Nicolas Maduro.

Peu après la fermeture des premiers bureaux de vote, le CNE, arbitre du scrutin dont l'impartialité est contestée par l'opposition, a assuré que le vote s'était déroulé de "manière totalement normale et tranquille".

Près de 150 000 membres des forces de l'ordre ont veillé sur le bon déroulement du scrutin dans le pays et les frontières ont été fermées par sécurité depuis le début de la semaine.

Le Monde.fr avec AFP | 15.04.2013

Victoire de Nicolas Maduro à la présidentielle au Venezuela

Présidentielle au Venezuela : nouveau tournant pour la révolution bolivarienne

Caracas, envoyée spéciale. Effervescence dans le quartier d’El Valle, à Caracas, où les partisans de Maduro sont omniprésents en cette fin de campagne présidentielle. Le chef de l’État intérimaire, depuis le décès d’Hugo Chavez, part favori, dimanche 14 avril, face à Henrique Capriles, le candidat de l’opposition de droite.

C’est à qui poussera le plus les amplis. À la sortie du métro , le bruit est assourdissant : concours de klaxons, camion sono, groupe de musique. Le brouhaha résonne jusque dans les maisonnettes multicolores bâties à même le flanc des collines, si caractéristiques des quartiers populaires, hier encore marginalisés. D’emblée, une couleur se détache : le rouge. Pas une seule affiche, ni la moindre propagande d’ailleurs, du candidat Henrique Capriles, de la Mesa de la Unidad Democratica (MUD, coalition hétérogène de droite). Ici, on est en terre bolivarienne. Le 7 octobre 2012, le président défunt Hugo Chavez y a obtenu 61,38 % des suffrages. Le portrait de Nicolas Maduro, du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) est décliné sur tous les tons.

En tête dans les sondages, le président par intérim a de fortes chances de succéder à Hugo Chavez, au soir de l’élection présidentielle du 14 avril.

Sur la place principale de cette municipalité de 250 000 habitants, le PSUV a installé pas moins de quatre points de rencontre. Norma Ortiz et ses amies ne sont pas peu fières d’y exposer leurs créations, fruit de l’unité socioproductive qu’elles ont créées là où elles vivent, à Tamarindo, une zone exclue de tout avant l’arrivée d’Hugo Chavez au pouvoir, en 1998. « On nous appelait les “tierrudos” », rappelle-t-elle, un terme péjoratif qu’employait volontiers l’élite pour dénigrer ceux qui travaillent la terre. « Pendant vingt-huit ans je me suis occupée de ma maison, raconte-t-elle. Ma vie se partageait entre les enfants et l’église. La seule rémunération qui rentrait était celle de mon mari. » En 2006, le gouvernement a lancé la mission Mère de quartiers pour venir en aide aux mères célibataires et aux femmes au foyer. Depuis, Norma n’a pas seulement appris le métier de couturière : « J’ai pu bénéficier de cours d’économie et d’éthique, précise-t-elle. Je remplis aussi un rôle d’éducation sociale. Chavez nous a ouvert les frontières. »

Le leader du socialisme du XXIe siècle est omniprésent dans cette campagne atypique, suite à son décès, le 5 mars, tant il a profondément marqué « sa patrie », comme il l’a chanté, le 8 décembre, en disant symboliquement adieu à son peuple. « Le Venezuela a commencé en 1998. Avant nous étions des analphabètes politiques », déclare Joconda Alvarez, du ministère des Communes. Ces dernières, des sortes de minigouvernements de quartiers, constituent désormais l’un des piliers politiques du processus. « Les grandes missions sociales ont permis de réduire les inégalités, poursuit-elle. Moi-même j’ai pu reprendre mes études universitaires, et ma fille, atteinte d’une maladie congénitale, a bénéficié de soins gratuits. Ce n’est pas un conte, c’est ce que j’ai vécu. » Santé, éducation, logement, culture, sport, dans tous les domaines les avancées ont été réelles.

« Approfondir la révolution »

En une décennie, le Venezuela a avancé de dix rangs au sein de l’indice de développement humain du Programme des Nations unies pour le développement, (73e en 2011 contre 83e en 2000). Pour Joconda Alvarez, le 14 avril doit ouvrir une nouvelle étape « afin d’approfondir la révolution avec le programme de la patrie », ratifié par les électeurs le 7 octobre dernier et porté désormais par Nicolas Maduro. Ce plan 2013-2019 repose sur cinq axes de travail : la défense et la consolidation de l’indépendance du pays, la consolidation du socialisme bolivarien, la transformation du Venezuela en puissance dans les domaines sociaux, économiques et politiques au sein d’une Amérique latine unie, une géopolitique fondée sur la multipolarité et la préservation de la planète.

Pour ce faire, le prochain gouvernement bolivarien, s’il est confirmé dans les urnes, compte sur ces fameux conseils communaux. « Ils sont la voix et le vote des habitants et des organisations sociales », explique José Gregorio Lucena, l’un des responsables du PSUV d’El Valle. La municipalité en compte 83. « Au sein de ces conseils, les familles dessinent et exécutent les projets à même de satisfaire les besoins de la communauté, précise-t-il. Ils doivent surtout aider à impulser le tissu socioproductif » pour pallier les manques actuels en la matière. Ils constituent également un garde-fou face aux pesanteurs bureaucratiques, qui freinent les décisions collectives, mais également à la corruption. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il est historiquement lié à la nature d’un État vivant de la rente pétrolière. De l’avis d’analystes, le changement des modes de croissance et le développement d’une conscience communautaire sont essentiels pour résoudre ce problème.

Objectif : 3 millions de logements d’ici à 2017

À quelques pas de la place d’El Valle, des édifices estampillés de la grande mission Vivienda (logement) ont surgi de terre ces derniers mois, l’objectif du gouvernement étant de construire 3 millions de logements d’ici à 2017 pour répondre à la demande d’habitat. Marleny Rangel y vit depuis quatre mois avec sa famille. Devant son immeuble, elle tient un stand « rouge » du PSUV. « Chavez n’est plus là mais il y a Maduro, dit-elle. L’important est de poursuivre les changements. » Pour cette militante, le prochain président devra continuer à « travailler sur la question du logement, car il y a encore beaucoup de sinistrés qui sont dans des refuges. Il devra aussi lutter contre l’insécurité. » C’est là un autre enjeu, et non des moindres. Car ce fléau – 16 000 homicides en 2012 – mine le quotidien des Vénézuéliens et atrophie les rapports sociaux.

Henrique Capriles ne se prive pas d’instrumentaliser cette question à des fins électorales, en dépit d’un bilan désastreux en la matière dans l’État de Miranda, qu’il dirige, refusant de participer au programme gouvernemental de coordination des polices. La campagne, qui s’achevait hier, aura été chargée de symboles et d’hommages mais également d’invectives et de mépris. Le centre de Caracas devait voir défiler une marée rouge, en soutien à Nicolas Maduro, que la droite tente de ridiculiser en raison de ses origines modestes. « C’est un concept bourgeois que de croire que seuls les riches peuvent diriger un pays », critique Joconda Alvarez qui n’est pas avare de reparties : « Nicolas Maduro était chauffeur, et alors ? Jésus était bien charpentier ».

Sept candidats en lice.

Outre Nicolas Maduro, du Parti socialiste unifié du Venezuela, et Henrique Capriles, de la Mesa de la Unidad Democratica, les 19 millions d’électeurs pourront voter pour cinq autres candidats, quasi inexistants dans le paysage politique : Maria Bolivar, du Parti démocratique uni pour la paix et la liberté (0,04 % lors de la précédente présidentielle), Eusebio Mendez, un évangéliste, Reina Sequera, une syndicaliste, Fredy Tabarquino, des milieux autonomes, et enfin, Julio Mora, du parti Unité démocratique.

l'humanite.fr - Cathy Ceïbe - le 15 avril 2013

Victoire de Nicolas Maduro à la présidentielle au Venezuela

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