Une circulaire au rabais, des régularisations au compte-goutte

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Une circulaire au rabais, des régularisations au compte-goutte

Après six longs mois d'attente, la circulaire concernant les sans-papiers a enfin été publiée le 28 novembre. Malheureusement, elle est bien en dessous ce qu'on aurait été en droit d'attendre d'un gouvernement socialiste.

Manuel Valls a le mérite d'être clair. Cette nouvelle circulaire n'a pas vocation à entraîner « de régularisation massive » et il n'y aura pas d'« appel d'air ». On croirait presque entendre Guéant, l'ancien ministre de l'Intérieur de Sarkozy.

De fait s'il y a de légers assouplissements et une volonté de mettre fin à l'arbitraire du « cas par cas », la circulaire présentée par Valls reste fortement restrictive. Le ministre de l'Intérieur dit vouloir rester sur les mêmes chiffres de régularisation que le précédent gouvernement, 30 000 par an et il se vante de pouvoir battre le « sinistre » record des 32000 expulsions de sans-papiers en 2011. Bref il cherche plus à faire du Sarkozy que du Mitterrand (131 000 régularisations en 1981) ou du Jospin (80 000 régularisations en 1997).

On se demande d'ailleurs comment Valls peut savoir à l'avance qu'il y aura à peu près 30000 régularisations tout en prétendant que la circulaire supprimera toute forme d'arbitraire dans les décisions de régularisation.

Des critères de régularisation à peine moins restrictifs

Avec cette circulaire, les familles devront justifier de cinq ans de présence sur le territoire pour les parents et de trois ans de scolarité pour les enfants pour être régularisées alors que les associations espéraient qu'il ne serait demandé que deux ans de scolarité comme dans la circulaire de 2006 vite annulée il est vrai mais qui avait permis 7 000 régularisations. Que se passera-t-il pour les enfants de maternelle qui n'ont pas ces trois années de scolarisation ?

Pour les jeunes majeurs arrivés à 18 ans, il leur faudra prouver au moins deux ans de scolarité « assidue et sérieuse » ce qui ne devrait permettre de régulariser aux dires de RESF qu'à peine 10% d'entre eux.

Enfin les salariéEs sans-papiers resteront pour l'essentiel à la merci de leur patron vu que les critères de régularisation ne seront que légèrement assouplis. Il faudra au moins huit mois de travail sur les deux dernières années et dans presque tous les cas au moins cinq ans de présence sur le territoire contrairement à ce que demandait la CGT par exemple.

Un gouvernement qui « colle » à la droite sur l'immigration

On commençait à s'en douter mais avec la publication de cette circulaire au rabais, il apparaît clairement que le gouvernement PS-EÉLV renonce à rompre vraiment avec la politique d'immigration raciste de Sarkozy. Selon Manuel Valls « la situation économique et sociale nous l’interdit ». Que faut-il comprendre par là ? Que plus d'immigrés, c'est forcément plus de chômage ? On croirait entendre l'écho du discours du FN qui disait il y a encore peu de temps « 3 millions de chômeurs, 3 millions d'immigrés ».

Alors que l'UMP est occupée à se déchirer et que le FN est avant tout attentif à profiter de la crise du principal parti de droite, le PS semble terrifié à l'idée qu'on lui reproche d'être trop « laxiste ». Alors il donne des gages aux racistes et s'empresse de dire qu'il n'y aura pas plus de régularisations et qu'il continuera à expulser. Le gouvernement et cohérent : circulaire au rabais, refus d'introduire les récépissés pour lutter contre les contrôles au faciès et abandon du droit de vote pour les non-communautaires.

Le PS est bien conscient que les politiques d'austérité qu'il impose au pays créent un mécontentement social. Et il fait le calcul cynique qu'en tapant sur les immigrés et sur les habitants des quartiers populaires, il retrouvera la confiance d'une partie des catégories sociales.

Le gouvernement joue avec le feu. Avec la montée du désespoir social et du repli sur soi, ce qui risque de se passer c'est qu'à la copie, les gens préfèrent l'original, le FN.

Un Front de Gauche qui veut rompre avec les politiques racistes

Pour la Gauche anticapitaliste et le Front de Gauche, il faut s'opposer résolument au discours raciste de l'UMP et du FN sur les immigrés. Nous continuerons à nous mobiliser aux côtés des associations qui se battent pour la régularisation des sans-papiers. Il faut une régularisation massive. Des dizaines de milliers de sans-papiers qui travaillent et participent à la vie sociale de ce pays risquent d'être condamnés à continuer de travailler sous la coupe de patrons profiteurs et à raser les murs par peur d'être expulsés. Les difficultés sociales proviennent des politiques d'austérité, pas des sans-papiers. Nous refusons que les immigrés soient les boucs émissaires de la crise. Pour faire reculer les politiques d'austérité imposées par les classes dominantes, il faut refuser cette division mortifère du monde du travail entre les Français et les étrangers, les avec papiers et les sans-papiers. Cela passe par une rupture avec l'Europe-forteresse et toutes les législations nationales restrictives en matière d'immigration.

Laurent Sorel - le 30 nov 2012

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