Transition énergétique : les « élus du nucléaire »

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Transition énergétique : les « élus du nucléaire »

L’énergie figure parmi les dossiers prioritaires de la fin d’année 2013 pour François Hollande. Le gouvernement va en effet révéler cet automne le projet de loi qui devra permettre au Président de tenir son engagement de réduire de 75% à 50% la part du nucléaire en 2025 et d’amorcer concrètement la transition énergétique en France.

Mais cet engagement, qui figurait en bonne place parmi les promesses du candidat en 2012, semble aujourd’hui bien fragile tant celui-ci est attaqué par différents groupes de pression qui menacent l’autorité présidentielle.

Leur objectif est à peine masqué : maintenir l’hégémonie du nucléaire dans le mix énergétique français et saboter tout effort de développement significatif des énergies renouvelables et de réduction de notre consommation d’énergie.

Certains de ces groupes de pression sont, en théorie, des grands serviteurs de l’Etat chargés de mettre en œuvre l’ambition politique du Président élu sans aucune considération partisane. C’est le cas d’EDF, dont l’Etat est l’actionnaire ultra majoritaire, et du corps des Mines, des ingénieurs de très haut niveau censés servir avec discipline l’Etat. Et pourtant, aussi bien EDF que le corps des Mines outrepassent leurs missions pour défendre avec obstination la place écrasante du nucléaire en France. Greenpeace a rassemblé des éléments sur ces groupes d’influence.

Des élus à la merci du nucléaire

Cette remise en cause du pouvoir du chef de l’Etat vient également du propre camp politique de François Hollande. En cette rentrée parlementaire, des élus de gauche vont se joindre à ceux de l’opposition et sortir des rangs pour empêcher la moindre fermeture de centrale nucléaire. Ces « élus du nucléaire » défendent l’atome au-delà du raisonnable.

Ils agissent ainsi parce qu’ils doivent souvent beaucoup à cette industrie qui a implanté ses sites de production nucléaire sur leurs territoires. Parmi eux, on retrouve :

  • Jean-Michel Baylet (président du Parti radical de gauche) ;
  • Patrice Prat (député du Gard) ;
  • François Brottes (député de l’Isère) ;
  • Christian Bataille (député du Nord) ;
  • Delphine Bataille (sénatrice du Nord) ;
  • Didier Guillaume (sénateur de la Drôme) ;
  • Michel Destot (député-maire de Grenoble) ;
  • Jacques Moignard (député du Tarn-et-Garonne)…

La manne financière du nucléaire profite largement aux habitants de ces territoires : taxes d’habitation particulièrement faibles, ressources fiscales élevées, infrastructures nombreuses et luxueuses, etc.

La contrepartie de la présence toute proche d’une installation nucléaire est parfois particulièrement visible : une piscine olympique et ses deux bassins supplémentaires à Bagnols-sur-Cèze (commune de 18 000 habitants, à proximité du site nucléaire de Marcoule), une piste surélevée de rollers en marbre à Valence d’Agen (centrale de Golfech), les deux piscines d’été et d’hiver de Golfech et Valence d’Agen (situées à 5 km l’une de l’autre)…

Un confort de vie payé au prix fort

Tant mieux pour les habitants de ces territoires dopés au nucléaire, pourrait-on croire. Mais c’est oublier que ce « confort de vie » a des coûts élevés.

Celui d’abord de l’abandon de tout sens critique de ces élus pour une industrie qui expose leurs électeurs à des risques non discutables. Ensuite, celui d’une absence coupable de vision à moyen terme. Beaucoup d’installations nucléaires vont devoir fermer dans les prochaines années, quoi qu’il arrive, du fait de leur âge avancé.

Comment faire face, dans le futur, aux frais d’entretien de ces équipements collectifs (piscines, stades…) de dimension pharaonique ? Comment expliquer aux habitants que leur taxe d’habitation va un jour augmenter fortement car leur élu n’a pas anticipé de changement de politique économique et industrielle ? Ces territoires sont pris au piège du nucléaire en raison de l’aveuglement des élus locaux qui refusent de prévoir une transition économique et sociale pourtant inévitable.

Intérêts personnels liés à ceux de l’industrie nucléaire

Au-delà de leur région, ces élus locaux exercent aussi un mandat national de parlementaire et vont donc participer au prochain débat parlementaire sur le projet de loi de transition énergétique. Certains se sont aussi positionnés stratégiquement à la tête des instances parlementaires les plus importantes sur l’énergie en France : Commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale, Office parlementaire d’étude des choix scientifiques et technologiques (OPECST)…

Pour eux, discuter de production d’électricité revient exclusivement à défendre l’énergie nucléaire. Impossible dans ces conditions d’aborder sereinement le développement des énergies renouvelables, un élément pourtant fondateur de toute transition énergétique. Leurs intérêts personnels sont trop liés à ceux de l’industrie nucléaire.

On doute sincèrement de la volonté de ces élus, qui détiennent en partie les clés de la future loi sur l’énergie, de respecter la parole de François Hollande de réduire la part du nucléaire. Le Président aurait-il perdu toute autorité en son Etat et en son camp politique ? La partie ne sera pas facile mais le chef de l’Etat doit tenir son engagement et se montrer ferme avec sa majorité.

Gageons que cette démonstration d’autorité restaurera la capacité d’un Etat comme la France à se tourner vers un projet de société ambitieux, respectueux de l’environnement et porteur d’une dynamique économique particulièrement recherchée en ce moment.

Blog Rue89 - Jean François Juliard, directeur de Greenpeace - Le 29 sept 2013

Transition énergétique : les « élus du nucléaire »
Jean-Michel Baylet, piégé par le nucléaire

Ces élus sont aujourd'hui bloqués dans la spirale du nucléaire. Ils sont plusieurs à avoir tout risqué, et tout dédié, pour le confort de la rente nucléaire. Les exemples sont donc légion, comme on l'a vu sur la carte. C'est sur Jean-Michel Baylet que nous nous attarderons, en tant qu'exemple flagrant d'une vie publique, politique, enlacée à l'industrie du nucléaire.

Jean-Michel Baylet est non seulement homme politique, mais également patron de presse.

Jean-Michel Baylet est sénateur de Tarn-et-Garonne, président du conseil général de Tarn-et-Garonne, président de la communauté de communes des Deux Rives, conseiller municipal de Montjoi (depuis 2008) et président du Parti radical de gauche (PRG). Il a précédemment été maire de Valence d'Agen (succédant à sa mère, Évelyne Baylet) et a occupé plusieurs poste au sein du gouvernement : secrétaire d'État auprès du ministre des Relations extérieures (24 juillet 1984 – 20 mars 1986), secrétaire d'État chargé des Collectivités locales (28 juin 1988 – 17 juillet 1990), et ministre délégué au Tourisme (17 juillet 1990 – 28 mars 1993).

Jean-Michel Baylet est également Président-directeur général du groupe La Dépêche depuis 1995. Le groupe La Dépêche est un groupe de presse français basé à Toulouse qui édite - entre autres titres - La Dépêche du Midi, Midi olympique et La Nouvelle République des Pyrénées. Un groupe de presse local imposant, important, fondé et façonné par la famille Baylet depuis 1925.

Pour se documenter sur la Dynastie Baylet, voir l'enquête menée par l'Express en 2006 : "Le système Baylet, la passion du pouvoir" et "Un empire tentaculaire"

J-M Baylet a construit sa carrière d'homme politique autour de deux leviers : les médias (la Dépêche du Midi) et le nucléaire (Golfech). Des témoignages rappellent que J-M Baylet avant d’être un ardent défenseur de la centrale de Golfech et du nucléaire y avait été fortement opposé. Il le "confie" d'ailleurs à la Dépêche du Midi: "Jean-Michel Baylet, président du conseil général, se souvient également très bien de cette période qui, de surcroît, marquait son entrée dans la sphère publique. «Le dialogue avec les savants d’EDF et de l’État n’était pas simple. Par exemple, le préfet de l’époque, dont je tairai le nom, avait interdit les rencontres avec nous, élus locaux.» Et de lâcher : «Si on zoome sur quelques photos de contestation de l’époque, il est possible qu’on nous y retrouve.»". Mais aujourd'hui, il n'en est plus question : Jean-Michel Baylet défend avec ferveur "sa" centrale ... dans "son" journal, avec, comme de rigueur, les mêmes arguments ressassés : emplois et coûts.

Jean-Michel Baylet est ici un exemple. Un archétype d'un modèle particulièrement répandu dans l'Hexagone. Pour les partis politiques, le maintien de l’activité économique du nucléaire sur le territoire est aussi un moyen de maintenir leur influence sur le territoire.

Cette influence permet de construire une fédération locale de parti influente, de garantir des postes de sénateurs (par les élus locaux), de députés (soutenus pendant les campagnes par les maires), ou des majorités départementales ou régionales.

Le Parti radical de gauche (PRG) serait par exemple confronté à de grandes difficultés si la centrale de Golfech devait fermer demain sans anticipation : comment, dès lors, assurer la continuité budgétaire du territoire? Ce serait deux des principaux leaders du Parti radical de gauche qui se verraient en difficulté : le sénateur, conseiller général, président de la communauté de communes des deux rives et président du PRG, Jean Michel Baylet ainsi que la députée, devenue depuis ministre de l’Artisanat, Silvia Pinel. Comment alors, trouveraient-ils les moyens politiques d’assurer leur réélection et de maintenir l’influence de leur parti à l’échelle nationale ?

Notons que le PRG, lors de son Université d'été en Septembre 2013 à Seignosse a prévu la tenue d'un "atelier transition énergétique". Celui-ci sera co-animé par Raymond Vall, Sénateur du Gers et maire de Fleurance (commune proche de la centrale de Golfech), qui est également Président de la commission du développement durable, des infrastructures, de l'équipement et de l'aménagement du territoire du Sénat, qui est "compétente en matière d’impact environnemental de la politique énergétique".

Comment le sujet de la transition énergétique sera-t-il abordé, lors de cet atelier ? La question d'une transition électrique sera-t-elle même posée ? Les élus et représentants présents s'interrogeront-ils sur l'avenir de leur territoire ? Et, au delà du cas du PRG, on peut s'interroger : de quels arguments les élus du nucléaire useront ils sur le président de la République, lorsque viendra le temps de la préparation de la loi sur la Transition énergétique ? Cette loi a, en quelques mois de débats et de tractations déjà perdu de sa force et de son ambition, pour à priori n'être qu'une "loi-cadre", qui promet de dresser des perspectives, sans précisions, sans moyens. Que défendront nos "élus de terrain" ?

http://www.greenpeace.fr

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