Roms, droit de vote des immigrés : une politique scandaleuse !

Publié le par Gauche Anticapitaliste Tarn & Garonne

Roms, droit de vote des immigrés : une politique scandaleuse !

Ce qui vient de se dérouler à Marseille est grave. C’est une sorte de « pogrom » que des habitants ont mené en chassant eux-mêmes et en brûlant un campement de Roms. Ce n’est pas un événement isolé mais, au contraire, cela s’inscrit dans un climat et une politique racistes. Alors que Hollande faisait campagne il y a quatre mois sur le thème « le changement, c’est maintenant », promettant même le droit de vote des immigrés aux élections locales (promesse faite en 1981 et jamais tenue depuis), la politique mise en œuvre s’inscrit dans la complète continuité de celle de Sarkozy.

Dès le départ, le choix a été clairement affiché en nommant Valls, celui qui voulait « mettre du white, du blancos » dans les cités, ministre de l’Intérieur. Dès l’été, les choses ont été claires avec la campagne anti-Roms du gouvernement. Alors que ce dernier met en place une austérité « de gauche », les mêmes recettes du diviser pour mieux régner, désigner des boucs émissaires ont été reprises. C’est avec cynisme que Valls a déclaré fièrement cet été mener autant de démantèlement de camps de Roms que Guéant, mettant en avant « un devoir moral pour le militant de gauche qu’il est » ! Il parle de mesures « humanitaires » ! Tout l’été, on a vu les CRS, les bulldozers en action contre les Roms. Il ne faut pas s’étonner que les choses dégénèrent. Le PS est complice de cette campagne. La sénatrice PS de Marseille Samia Ghali (qui réclamait cet été l’armée dans les cités) a même encouragé cette chasse aux Roms, et refuse de condamner les évènements de Marseille.

Volte-face du PS

Il y a deux ans, alors que Sarkozy faisait son discours raciste à Grenoble et lançait la chasse aux Roms, plus de 50 organisations (dont le PS) appelaient à manifester, dénonçant justement une politique qui «montre du doigt des communautés et des groupes sociaux entiers, stigmatise les Roms, les gens du voyage, les étrangers… » et appelant les citoyens « à manifester publiquement leur opposition aux stratégies de stigmatisation et de discriminations et aux logiques de « guerre » ». Mais pour le PS, c’était avant d’être au pouvoir. Aujourd’hui, la gauche reprend les mêmes thèmes que la droite sur l’immigration. Cette politique constitue un véritable renoncement à changer les choses. Ce n’est pas par hasard que Valls a, début septembre, repris les célèbres propos de Rocard : « Aujourd’hui, nous ne pouvons pas nous permettre d’accueillir toutes ces populations, qui sont souvent des damnés de la Terre, qui sont pourchassés dans leur pays, qui sont discriminés… la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde et de l’Europe ». Au même moment, le gouvernement renonce à mettre en œuvre sa promesse sur le droit de vote des immigrés, au motif que l’opinion publique n’y serait pas favorable… le message est simple : le PS accepte l’idée que l’immigration serait un problème, devrait être contrôlée. Résultat : aucun changement. La chasse aux sans-papiers se poursuit, avec simplement quelques modifications cosmétiques. Autre promesse abandonnée : le récépissé lors d’un contrôle d’identité, qui était censé limiter le harcèlement policier et les discriminations dont sont victimes les jeunes de banlieue. En fait, rien ne change, les expulsions de sans-papiers, la chasse aux Roms seraient maintenant devenues « humaines » !

Mener campagne contre le racisme

C’est donc dans ce climat que des habitants de Marseille se sont sentis suffisamment « couverts » pour brûler un camp Roms, sous le regard bienveillant de la police. Il y a urgence à réagir à gauche face à une telle évolution de la situation. La lutte contre l’austérité, contre le TSCG, contre les licenciements est cruciale mais elle doit s’accompagner d’une bataille idéologique et politique contre la dérive raciste du gouvernement Hollande. Devant faire accepter la crise aux populations, le PS préfère faire croire que l’immigration serait un problème, une menace, car il est totalement incapable de s’attaquer aux vrais responsables de la crise, c'est-à-dire les capitalistes. Le racisme et la politique sécuritaire sont l’autre face de la pièce qu’est l’austérité contre les peuples. Cela peut devenir dangereux car la crise crée de la colère, mais aussi du désespoir.

Cette tendance à la montée du racisme et de l’extrême droite n’est pas propre à la France. L’Europe libérale, qui prétendait dépasser les nationalismes aboutit au résultat contraire. Le grand marché et la monnaie unique s’accompagne d’un renouveau des nationalismes, car cela donne l’illusion à une partie de la classe ouvrière qu’un refuge existe. La politique du gouvernement va droit dans le mur, la crise va s’approfondir, comme on le voit en Espagne et en Italie. La gauche du PS et le FDG ne sont pas les seuls vers qui la colère peut se tourner. Si une alternative conséquente, crédible, massive, ne se développe pas, le FN peut également profiter de la situation. Le discours anti-immigrés de Valls ne peut que faciliter le travail à Marine Le Pen, banalisant toujours plus le racisme, qui deviendra « normal », comme se prétend Hollande. Les pogroms à Marseille et ailleurs sont justement l’illustration de ce que peut devenir concrètement le racisme « ordinaire », « normal »… La perte des illusions (même minimes) dans l’espoir que représentait Hollande ne créera pas mécaniquement de la colère et de la révolte. Cela peut aussi engendrer du fatalisme, de la résignation et une remontée de tous les préjugés racistes. Cela dépendra des batailles idéologiques et politiques que nous serons capables de mener dans les mois à venir.

L'autre face de l'austérité

Une partie de la gauche considère qu’en cette rentrée, le discours anti-immigrés du gouvernement n’est qu’une « diversion », qu’il faudrait se concentrer sur les questions sociales (TSCG et austérité, lutte contre les licenciements). Cela revient à ignorer les liens entre les deux. La lutte contre le poison raciste et nationaliste est indissociable de la lutte contre l’austérité. Le développement de véritables milices de rue fascistes en Grèce montre comment la crise peut devenir un accélérateur aussi pour le camp d’en face. Après le succès de la manif contre l’austérité en Europe, le FDG doit aussi s’investir dans une bataille unitaire contre la chasse aux Roms. Il ne faut pas non plus laisser retomber la « promesse » du droit de vote des immigrés. Comme le dit Mélenchon, si nous sommes « ayants-droit » de la victoire du PS, refusons le renoncement actuel. Ce n’est pas le prétexte d’un sondage négatif et le spectre du FN qui doivent faire renoncer à cet engagement, même minime (et qui ne coûte même pas d’argent, soi-disant si rare en temps de crise !). Ces deux questions (Roms et droit de vote) devraient prendre une place importante dans la campagne du FDG à la rentrée. 75 députés PS ont récemment exigé le droit de vote des immigrés : chiche !

Pour une autre Europe

Il faut également développer la réflexion sur ces thèmes. Les questions de la régularisation de tous les sans-papiers, la lutte contre les discriminations dans les quartiers populaires, la prise en compte de l’islamophobie, le port du voile (et d’autres) devraient donner lieu à plus de débats dans les mois et les années à venir au sein de la gauche car ils seront décisifs pour que ceux qui subissent l’oppression s’investissent massivement dans les luttes, rejoignent le FDG. Il ne s’agit pas de cliver « artificiellement » sur des débats qui traversent toute la gauche de la gauche, stériliser ces discussions difficiles mais, au contraire, les reprendre par des entrées nouvelles. Le défi est vaste : le mouvement ouvrier ne se reconstruira pas sans une nouvelle culture politique, une tradition antiraciste, internationaliste conséquente. Face à l’Europe forteresse du capital, c’est une Europe ouverte à tous, réellement sans frontières que nous voulons construire. Il y a une réelle urgence à se mobiliser avec tout le FDG contre la chasse aux Roms et pour le droit de vote des immigrés.

Antoine Boulangé

Publié dans democratie

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