Rentrée scolaire : peut (beaucoup) mieux faire

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Rentrée scolaire : peut (beaucoup) mieux faire

La rentrée scolaire venait à peine de se dérouler que déjà commentateurs de tous ordres, journalistes et « spécialistes », dirigeants politiques du PS parlaient d'une même voix : la rentrée était qualifiée de « sereine et d'apaisée ». Pourquoi pas après tout ? Elle ne s'est pas effectuée, c'est vrai, dans le climat anxiogène et tendu des suppressions de postes comme cela avait été le cas les cinq dernières années, sous l'ère Sarkozy. Mais pourtant en ce mois de septembre ce n'est pas l'euphorie, l'enthousiasme qui prédominent dans les écoles comme dans les salles de professeurs.

Sans doute parce que la « refondation de l'école », projet annoncé par Vincent Peillon dès le début du quinquennat et adoptée sous forme de loi à l'Assemblée au printemps dernier, ne bouscule en rien les politiques à l’œuvre dans l'Éducation nationale, politiques qui ont mis au plus mal ce service public.

Bien sûr, certains objecteront avec raison que le cycle infernal des suppressions de postes non seulement a été stoppé mais qu'on est entré, à l'inverse, dans un autre cycle celui des recrutements.

C'est juste mais il faut y regarder de plus près tant sur le nombre de recrutements que sur la formation des nouveaux ou des futurs enseignants. Là aussi le ministère a inversé la vapeur, puisque sous la droite cette formation avait purement et simplement été supprimée !

Donc, près de 7 600 nouveaux enseignants dans le premier et le second degré, c'est mieux certes mais cela ne sera pas suffisant pour faire face aux besoins. Certains objecteront encore que les moyens ne font pas tout. Certes, mais sans moyens on ne peut rien faire ! Des moyens qu'on peut juger insuffisants cependant au regard du nombre d'élèves : 30 000 élèves supplémentaires dans le primaire, autant dans le secondaire, une hausse d'élèves assez forte sur ces trois dernières années. On pourra rétorquer encore que la hausse du nombre d'élèves est moins forte que celle des années 90 mais l'école n'est plus la même, les publics ne sont pas identiques à ceux des générations précédentes, et les besoins ont changé.

On peut certes acter les efforts fournis, et reconnaître qu'il est sans doute difficile de rebâtir en une rentrée ce qui a été détruit sur plusieurs années.

Formation a minima

Mais les profs malmenés sous la droite vont devoir lever bien des obstacles dans le cadre des politiques Peillon. En particulier les stagiaires. Déjà ceux qui ont obtenu leur concours cette année, ont une décharge de 3 heures et effectueront quand même 15 heures devant les élèves. On est loin de ce qui a pu être pratiqué il y a quelques années, 4 à 6 heures devant les élèves, une prise en charge du jeune enseignant par un titulaire expérimenté, et une formation délivrée au sein des anciens IUFM. Tout était loin d'être parfait. Mais il faut admettre que les conditions actuelles demeurent difficiles malgré les améliorations apportées et malgré les nouvelles écoles du professorat et de l’éducation (Espé, pas toutes toutes opérationnelles en ce mois de septembre).

Que dire alors des contractuels à mi-chemin du concours avant leur admission définitive, qui vont être utilisés comme moyens d'enseignement, à tiers-temps pendant au moins douze semaines, pour un salaire dérisoire et sans réelle formation. Ces non-titulaires vont courir plusieurs lièvres à la fois et devront réussir à la fois leur master, leur concours et assurer cours et préparation devant les classes. Pas sûr donc que cette situation contribue à relancer les vocations plus qu'en berne. Cela fait des années maintenant que les enseignants ont le blues, non seulement le métier n'attire plus mais nombreux sont ceux qui disaient déjà avant en 2011 (un prof sur deux), en avoir assez de l'Éducation nationale.

Le rapport de la sénatrice Brigitte Gonthier-Maury, présenté au sénat en juin 2012, dissèque les causes de ce qu'elle appelle « la souffrance ordinaire des enseignants », liée à « une déstabilisation structurelle et collective du métier », la sénatrice accuse l'institution d'avoir « brouillé le sens de l'école », à travers « la multiplication d'expérimentations et de dispositifs » qui ont abouti à affaiblir « l'idée même d'une Éducation nationale garantie à tous. Entrés dans le métier pour transmettre des savoirs, portés par une éthique humaniste, ils se retrouvent dans une machine à sélectionner les élèves, confrontés à la demande utilitariste de la société... »

Refondation ?

La véritable question est la suivante : quel projet pour l'école ? Les socialistes ont répondu depuis longtemps et le ministère Peillon, sur le fond, n'a pas inversé la tendance : les orientations imposées par la droite ne sont nullement remises en cause, ni le socle commun des connaissances, ni les réformes des lycées. Une école qui doit répondre aux impératifs de l'économie, donc du libéralisme : avec la recherche systématique de la performance, de la rentabilité, de la concurrence entre établissements etc.

Alors oui, en cette rentrée, personne ne semble convaincu par le début de « la refondation de l'école » . Le ministre fait d'ailleurs profil bas et parle de temps long. La colère des professeurs des écoles sur les rythmes scolaires et le fait que le gouvernement ait accepté des aménagements pour l'application de cette mesure, peuvent expliquer la sobriété des propos du ministre.

D'autant que la réforme des rythmes éducatifs va toucher 20% des effectifs des écoles primaires avec de très grandes disparités entre les communes en ce qui concerne les activités proposées, les capacités d'encadrement et la gratuité des activités. Les fédérations de parents d'élèves s'en sont inquiétées dès le début de l'année, à juste titre.

La loi d'orientation votée au printemps 2013 s'inscrit largement dans la continuité du gouvernement précédent.

Il est fort à parier que les réformes à venir seront de la même veine : statut et tâches des enseignants, avenir de l'enseignement professionnel public. Quant aux moyens annoncés pour le quinquennat, on peut supposer que les politiques austéritaires risquent de les remettre très rapidement en question.
Retrouver le chemin d'un projet global pour l'école, un projet émancipateur est essentiel.

On ne pourra pas à court terme se contenter de résister au coup par coup, aux politiques à l’œuvre. À l'école libérale que le système veut imposer, il nous faut élaborer le projet alternatif d'une école pour tous.

Myriam Martin, animatrice à la Gauche anticapitaliste. Le 13 sept 2013.

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