Le Medef sort du bois

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Le Medef sort du bois

Revigorée par la sortie des pigeons et le recul immédiat du gouvernement, Parisot et le Medef en profitent pour reprendre la main. Réagissant au projet de loi de Finances dans le Figaro du 15 octobre, la patronne des patrons ne fait pas dans la dentelle : « Nous savons tous que la situation économique est gravissime. Moi-même, je disais avant l'élection que la situation était préoccupante. Mais aujourd'hui, nous sommes passés d'un avis de tempête à un avis d'ouragan. » On pourrait croire que Parisot s'inquiète du sort des 3 millions de chômeurs ou des 8 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté dans la pays... Eh bien ce n'est pas le cas : « Certains patrons sont en état de quasi-panique. » Car non seulement les mesures envisagées par le gouvernement seraient dramatiques, mais en plus celui-ci ferait preuve de « racisme anti-entreprises » : « Quand le maire de Toulouse ose utiliser l'expression de "patron voyou", c'est du racisme - toute généralisation disqualifiante d'un éventuel défaut individuel à une catégorie entière de personnes s'appelle du racisme. Ce racisme-là mine l'économie française », déclarait-elle dans l'Expansion du 3 octobre. On croirait presque voir se développer des pogroms antipatrons...

Mais une fois le cadre posé, Parisot a aussi des idées pour redresser le pays. Elle les explique dans la même interview à l'Expansion : « Nous voulons pouvoir premièrement modifier la durée du travail, la masse salariale et le maintien des effectifs en fonction de la conjoncture, et cela en accord avec les représentants des salariés. Deuxièmement, raccourcir les délais de mise en œuvre des plans sociaux en limitant le nombre de recours possibles. Troisièmement, tout faire pour apaiser la peur de l'embauche qu'éprouvent les chefs d'entreprise, notamment en plafonnant les dommages et intérêts que les tribunaux peuvent accorder à une personne licenciée. Quatrièmement, supprimer les aberrations et apories qui obligent les chefs d'entreprise à se demander, chaque fois qu'ils licencient, de quelle faute juridique ils pourraient bien être accusés. Mais attention, cela ne veut pas dire moins de droits pour les salariés. » On se demande bien où seront les droits des salariés si ces mesures de casse du code du travail étaient adoptées !

Compétitivité

Et pour la loi de finances aussi le Medef a des solutions. Ainsi, Parisot attend-elle avec impatience le rapport commandé à Louis Gallois sur la compétitivité.

Et revoilà la litanie sur la nécessité de baisser le « coût du travail », à savoir les cotisations sociales et pour cela, le Medef nous sort de son chapeau un mécanisme baptisé « double hélice » : « La baisse des cotisations que paient les employeurs sur leur masse salariale et la baisse des cotisations que paient les salariés afin qu'ils regagnent du pouvoir d'achat net. En contrepartie, pour ne pas mettre en danger notre modèle social, une augmentation de la TVA [...] et une légère hausse de la CSG, qui a l'avantage de toucher de la même façon les revenus du travail et du capital. » Soit dit en passant, d'après l'Insee, sur les 88,6 milliards qu'a rapportés la CSG en 2011, seuls 10 milliards proviennent de la taxation du capital. Ça laisse de la marge. Mais comme elle le dit dans une interview au Figaro, « Vouloir aligner la fiscalité du capital sur celle du travail, cela procède d'une profonde erreur de raisonnement économique, que l'on commet régulièrement en France dans les milieux politiques de droite et de gauche. » Pour le Medef, la moindre mesure de justice sociale est une profonde erreur !

Quant à la baisse des cotisations sociales qui est pratiquée par tous les gouvernements depuis des années, la seule certitude que l'on puisse avoir sur ses effets est l'aggravation de déficit de la Sécu. Quant aux effets sur l'emploi, on n'en a pas trouvé ! Mais peu importe pour Parisot, il faut continuer. Ce qui a filtré du fameux rapport Gallois serait une baisse de cotisations pour les patrons de... 30 à 50 milliards d'euros ! Et pour Parisot, il faut faire vite, dans les deux années qui viennent.

On est loin de l'effort juste et partagé prôné par le gouvernement qui promettait que les entreprises devraient participer aux économies à concurrence de 10 milliards, soit un tiers. Au final, le gouvernement recule sur la taxation des plus-values de cession d'entreprise, renonce à taxer les œuvres d'art à l'ISF et à imposer une redevance télé pour les résidences secondaires, rétablit une sorte de bouclier fiscal, augmente le plafond des niches fiscales de 10 000 à 18 000 euros... En réalité, le Medef ne devrait pas s'en faire, et comme le déclare encore Parisot à l'Expansion à propos de François Hollande : « c'est un homme avec qui il est facile d'établir des relations respectueuses et constructives ». Pas sûr que les salariéEs aient envie d'en dire autant.

Angèle Mondin - publié le 18/10/2012

Le Medef sort du bois

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