Le cirque de passage à Bartigues ou l'éduc nat en émoi!

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Le cirque de passage à Bartigues ou l'éduc nat en émoi!

Entrez, entrez… n’ayez pas peur…venez voir le cirque politique Jean Mimi® et sa ménagerie incroyable !

Ils sont en représentation, ici même, dans votre ville, dans votre département. Voyez la député austéritaire qui transforme votre vie en calvaire, j’ai nommé Valérie Rabault®, la secrétaire d’état aux services mal rendus, Sylvia Pinel®, l‘homme aux mille chaines qui va là où on lui dit d’aller, Jacques Moignard®. Exceptionnellement, et en guest star pour vous public ébahi, le ministre - on s’demande c’ qu’il fout là - de l’éducation nationale… et bien entendu, vous l’attendez tous, Jean Mimi® le monsieur loyal du PRG.

L’entrée est gratuite, y’a de la place pour tout le monde!!! On vous demandera juste de bien voter l’année prochaine.

Et oui… cette publi-information est bien de la Dépêche, qui chaque jour tresse les lauriers du mérite à tous ce qui est rose très pale dans le département. Impossible d’y échapper. On se demande même comment ils arrivent à se renouveler. Bon, c’est ça ou les lotos de village, un reportage sur les casernes du département avec l’arrivée d’un nouveau capitaine sans doute plus martial que son prédécesseur, ou la défaite d’une équipe B lors d’un tournoi Jean Baylet… mais je m’égare.

Cette fois ci, on a eu l’honneur d’un bel article, bien lèche botte, sur la venue de Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale, à Bartigues. J’adore quand nos pontes viennent visiter les petites écoles de village. On a droit à une litanie de tous les poncifs habituels sur la ruralité, assortie d’une envolée républicaine et de cocorico indécents.

Bref alors que la fonction publique vient de connaitre deux jours de grève en protestation aux conditions de travail de ces agents, au gel des salaires, au démantèlement des services publics - grève bien suivie notamment par les personnels de l’éducation nationale -, alors que dans de nombreuses écoles du département, les personnels enseignants, les parents d’élèves manifestent contre des fermetures de classes, la Dépêche, tel Pangloss , nous explique que tout est parfait dans « le meilleur monde possible ».

On va encore m’accuser de noircir le tableau, pour un cancre c’est un sacré compliment, et de faire un procès d’intention. Que nenni ! C‘est d’une manière parfaitement scientifique et respectueuse du matérialisme historique, que je vais vous démontrer les méfaits de la fumette et de son abus à la rédaction de la Dépêche. Merci Jean Mimi® aka papy chichon !

Dès le premier paragraphe, c’est la claque, nos pigistes stagiaires sans doute d’humeurs printanières face à toutes ces sommités, laissent leur lyrisme déborder outrageusement :

« Dans le froid et la lumière polaires qui baignaient hier matin la belle commune de Bardigues, l'attente de Vincent Peillon réchauffait le cœur du maire, Gilbert Abarnou,[…] »

La dernière fois que je j’ai lu une phrase si belle c’était dans Union le magasine des couples libérés et des premiers émois pré- adolescents ; je vous parle d’un temps où internet n’existait pas et où l’alternative à Union était pour les moins chanceux la Redoute.

On apprend aussi que le maire est élu depuis 1983 ce qui nous laisserait penser, avec tout le respect que nous devons à cet édile de notre belle république, qu’il serait temps de limiter le nombre de mandats. Pour le cumul des mandats la promesse des socialistes est repoussée à 2017, mais bon comme on attend depuis trente ans, on peut patienter quelques années de plus, ce n’est pas si grave. Si ? Donc on a bien compris, Monsieur le maire est très content de voir son ministre et Jean Mimi® dans sa commune. Passons !

« Ce sentiment d'une fierté légitime, partagé par l'institutrice […], habitait également Jean-Michel Baylet et ses collègues[...]»

Tout le monde est bien digne, le baron vient féliciter le bas peuple, et sa bienveillance est source d’une légitime fierté. On se contente de peu dans ces années de crise !

« Vous êtes la démonstration que lorsque les élus font des choix, ce qui paraît impossible ou compromis, comme le fut cette école, existe de manière pérenne et efficace a délivré Vincent Peillon. ».

On aimerait aussi lui dire que si l’Etat prenait ses responsabilités et s’il finançait l’école publique à sa juste mesure, on serait moins enclin à attendre des miracles des communes. C’est vrai qu’on ne peut pas filer 20 milliards de cadeaux fiscaux à un patronat gavé de subventions, et qui licencie à tour de bras, et assurer la pérennité des services publics. Bravo nous dit Peillon, on vous plonge dans la fange et vous arrivez quand même en vous en sortir ! Et en plus la Dépêche applaudie !

« La mixité scolaire, entre des meilleurs et des moins bons, des plus âgés et des plus jeunes, a des vertus qui servent l'éducation mais aussi la société. Il n'est qu'à voir, ici à Bardigues, combien l'école et la nation ne font qu'un. » 

Mixité scolaire ! Je crois que notre ministre embrumé par « le froid et la lumière polaire » ne s’est pas aperçu qu’il était dans une classe unique faute de moyens, et qu’il suffirait d’ouvrir des postes de profs, pour ventiler les différents niveaux scolaires dans plusieurs classes et améliorer ainsi la différenciation selon les niveaux des élèves. Plus loin dans l’article, on nous assène même que « mélanger les niveaux c'est bon pour tout le monde». La pénurie c’est donc l’abondance !

« Une pause bonheur dans la «croisade» entreprise par le ministre pour expliquer les vertus de la réforme des rythmes scolaires […] »

Quand je vous parlais de baronnie, je ne vous mentais pas ! Quant à la vertueuse réforme pourquoi est-elle rejetée par les syndicats, les enseignants et nombre de parents d’élèves ? Mais je suis mauvaise langue puisqu’ici ce n’est que du « bonheur » et même la présidente de la FCPE apporte son soutien « total » à la réforme et a « bien noté l’ambiance départementale ». Manque plus que la Compagnie Créole, Patrick Sébastien et zou on fait tous la chenille !

La fin de l’article, griffonné par un certain Jean François, en plus de l’inénarrable Alain, est une succession écœurante de superlatifs dégoulinants de servilité : un ministre qui écoute avec « ravissement et une attention particulière » l’institutrice faire son travail, une institutrice « heureuse » de voir de si près de si illustres personnages. La preuve Peillon lui signala qu’elle était, grâce à eux « le centre du monde ». Modestie quand tu nous tiens!

Bref nous avons eu le droit à :

  • Un tableau idéalisé de l’école en milieu rural, c’est-à-dire un manque de personnels flagrant, des classes uniques, des fermetures de postes, mais aussi un tableau numérique interactif fantasme et gadget de la modernité comme pis-aller du désengagement de l’Etat. Remercions plutôt Darty le roi de l’électronique scolaire et de l’électroménager.

  • Une ode aux élus PRG et PS du département avec en particulier un petit coup de cirage supplémentaire pour le boss Jean Mimi®. Des chiffres fantaisistes lancés pour flatter le(s) patrons(s). On ne mord pas la main qui vous nourrit, c’est connu.

  • Une carte postale de Bartigues : là on ne remerciera jamais assez l’Office de Tourisme pour l’aide précieuse apportée à Alain et à Jean François pour la rédaction de leur article.

  • La négation totale des problèmes de l’école, de son incapacité à être un outil d’émancipation, et d’ascenseur social. Un aveuglement coupable sur la destruction des services publics, causée par un désengagement discontinu de l’Etat, une RGPP mortifère qui n’est pas remise en cause par le gouvernement et par une politique d’austérité criminelle. Austérité assumée et défendue par nos deux députés présents ce jour-là.

Cet article n’évoque jamais le fond, cette loi d’orientation prétendument refondatrice, qui s'inscrit dans la continuité de plusieurs décennies de politiques néolibérales sans jamais mettre celles-ci en relation avec leurs effets dévastateurs en terme d'accroissement des inégalités, de marchandisation, de segmentation croissante des espaces éducatifs et de subordination de l'école à l'économie de la connaissance.

Mais bon la Dépêche, c’est comme le Petit Journal, des supports publicitaires au service de cirques distincts. PRG de Baylet vs UMP de Barèges. Paternalisme libéral contre ultra-libéralisme.Seigneurie médiévale contre populisme d’entre-deux-guerres !

S.T le 23 février 2013

L'article de la Dépêche.

Le cirque de passage à Bartigues ou l'éduc nat en émoi!
Les clowns taillent dans le budget de l'éducation nationale.

Les clowns taillent dans le budget de l'éducation nationale.

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Albert 14/11/2013 08:23

Great post