Le 15 juin : franchir une étape décisive

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Le 15 juin : franchir une étape décisive

La Fase, les Alternatifs, Convergences et Alternatives, la Gauche unitaire, République et Socialisme et la Gauche anticapitaliste ont entamé, en association avec des animateurs du mouvement social, un processus de rapprochement il y a près de dix mois.

Membres du Front de gauche, ils ont pour objectif d’offrir une orientation face à aux crises multiples qui frappent le pays et le continent, des perspectives aux militantEs et sympathisantEs du Front de gauche et au-delà aux militantEs syndicalistes ou des mouvements sociaux et écologistes, d’éviter une dispersion de forces à l’intérieur du Front de gauche, qui renvoie à des histoires et des parcours différents, mais pas nécessairement à des orientations alternatives.

Ainsi, il a été acté à l’automne l’émergence d’un courant d’idées autour d’un document commun, rédigé et adopté dans un premier temps par quatre composantes, rejointes par République et Socialisme et les Alternatifs après que leur congrès a décidé de rejoindre le Front de gauche. Les animateurs du groupe « tous ensemble » regroupant des militantEs de divers horizons hors ces composantes ont également été associés et sont parties prenantes du processus.

En janvier et avril, deux réunions de travail ont commencé à faire émerger un processus de rapprochement allant au-delà de simples constats de position commune. Il s’agit désormais de vérifier les bases politiques communes permettant ou non de construire un mouvement politique unifié, regroupant l’ensemble de nos composantes, mais également celles et ceux qui cherchent un outil utile pour leur intervention.

Ainsi trois documents sont en cours de rédaction et de finalisation pour offrir des bases de travail aux regroupements locaux déjà en place et à ceux qui vont se construire dans les prochaines semaines : un premier sur la situation politique et notre vision du Fdg, un second sur des aspects programmatiques essentiels, un troisième sur la force politique à construire ensemble au sein du Fdg. Ces documents visent à préparer une réunion nationale le 15 juin à l’université de Paris 8-Saint-Denis qui a pour objectif de discuter et de préparer les bases d’un moment fondateur à l’automne. Cette réunion nationale se veut une échéance, au-delà des précédentes réunions de travail, associant des représentantEs des collectifs militants afin de vérifier la pertinence des contenus politiques proposés. Ce travail de réflexion se poursuivra lors des estivales du Fdg cet été. Il s’agit en fait de vérifier si nous sommes prêts pour construire ensemble à l’automne un nouveau mouvement politique, dépassant sans les nier ou les dissoudre artificiellement nos composantes actuelles.

À ce stade alors, que les principaux documents sont en cours de finalisation, les points saillants peuvent être soulignés :

  1. Il existe une vision commune de la gravité de la situation d’ensemble, de la crise aux dimensions multiples qui frappent nos sociétés : crise économique du système capitaliste, crise écologique, crise démocratique, crise du projet européen, crise spécifique de la société française… et donc des réponses à apporter globalement à chacune de ces crises.

  2. La nécessité de mobilisations populaires d’ampleur à différentes échelles et sur différents thèmes pour faire barrage au rouleau compresseur libéral qui a les conquêtes sociales du mouvement ouvrier européen dans son collimateur. Mobilisations qui ne pourront produire une alternative majoritaire qui si elles sont articulées à la construction de Front politiques et sociaux dont le Fdg en France doit être le cadre.

  3. La nécessité d’un travail de refondation programmatique d’un nouveau projet émancipateur tirant les leçons des échecs et des drames du XXe siècle ainsi que des besoins nouveaux exprimés par les sociétés du début du XXIe siècle.

  4. La capacité de proposer pour le Front de gauche dans son ensemble des propositions politiques répondant aux accélérations de la conjoncture en particulier dans ce moment de tensions politiques en ce printemps. C’est-à-dire également de prendre la situation dans ses tensions contradictoires : poussée de la droite et de l’extrême droite, mais résistance confirmée le 5 mai d’une gauche alternative, pour l’heure limitée par l’atonie relative (mais non l’inexistence : PSA, Notre-Dame-des-Landes…) de mobilisations sociales.

  5. De construire une force politique qui n’ajoute pas un nouveau parti aux deux grandes formations existantes mais qui se donne pour objectif la transformation du FDG en force creuset dépassant les partis existants et surtout s’ouvrant largement à de nouvelles forces provenant des mobilisations de la société. Ni la naissance du PG, ni la renaissance hypothétique du PCF ne peuvent offrir une perspective d’ensemble. Seul le mélange d’expériences peut permettre la fondation d’un nouveau projet émancipateur pour le XXIe siècle.

D’autres questions sont en débat

Dans une situation très évolutive, où sans doute jamais une expérience de gauche gouvernementale ne s’est « fracassée » aussi vite sans avoir produit le moindre progrès social, l’urgence d’une alternative est un défi posé à tous. Elle implique une position équilibrée, difficile à ajuster, qui à la fois s’adresse à l’ensemble de notre camp social, au « peuple de gauche » et aux déçus du hollandisme, et affirme une orientation indépendante contre le social-libéralisme, c’est-à-dire en fait, de la direction du PS aux commandes de l'État qui mène une politique libérale en symbiose avec celles menées par la droite. Ce qui conduit à se poser deux problèmes.

Les élections municipales représentent la première échéance électorale qui inévitablement conduira à sanctionner la politique antisociale du gouvernement. Cette sanction peut prendre plusieurs formes : une abstention massive de l’électorat populaire, une victoire d’une droite revancharde alimentée par le regain provoqué par le mouvement « la manif pour tous » ; une poussée de l’extrême droiyr et une capacité qu’aurait alors acquise celle-ci d’aller chercher des suffrages dans les périphéries urbaines (40 % de la population), un nouveau saut dans son incrustation dans la société française. Ce scénario catastrophe, car ces éléments se combinent, ne peut être éviter qu’en tentant d’offrir une alternative populaire à l’austérité au premier tour de ces élections sans être évidemment agnostiques dans les affrontements de second tour face au camp réactionnaire. Le pire serait, sans avoir une once de responsabilité dans la politique menée par le gouvernement, d’être emporté par un vote sanction.

Enfin, si les conditions d’une alternative majoritaire, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement anticrises ou antiaustérité, dépendent du degré de résistance et de mobilisation de la population ; il s’agit également d’œuvrer au regroupement de forces, à la construction d’alliances permettant le surgissement d’une telle alternative. L’alternative ne peut pas surgir de la majorité parlementaire actuelle. Car celle-ci a été élue dans le cadre de la majorité présidentielle et sur une orientation libérale (Cahuzac n’est pas tombé du ciel) et le scrutin majoritaire n’a pas permis au courant incarné par J.-L. Mélenchon à la présidentielle d’être représenté à la hauteur des voix acquises lors de cette élection. La mise en place d’un gouvernement antiaustérité, et davantage encore une VIe République, ne peuvent surgir que dans le cadre d’un nouveau processus électoral, c’est-à-dire une dissolution de l’Assemblée et l’ouverture d’un processus constituant. Mais est-ce le moment de revendiquer une telle dissolution ? Ce qui renvoie à une appréciation sans doute nuancée des rapports de force réels. Accueillir de nouveaux courants venant de l’écologie politique, mener une politique cherchant à intégrer la gauche radicale à une politique d’alliance, mener le débat avec les courants critiques au sein du PS, et surtout s’ouvrir au mouvement social et syndical, représentent, à notre sens, les tâches de l’heure. Sans raccourci mais avec détermination.

Pierre-François Grond, Gauche anticapitaliste.

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