La droite se cherche

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

La droite se cherche

Classiquement, l’année qui suit une défaite à la Présidentielle est difficile pour un parti de gouvernement. Elle le fut spécialement pour l’UMP, au pouvoir depuis 10 longues années ce qui laisse le temps de prendre ses aises. Et, de plus, il y a dans son cas ce constant sentiment que la droite est la seule propriétaire légitime du pouvoir, la gauche ne pouvant gagner que « par effraction ». Ceci étant conforté par la faible marge avec laquelle son chef a été battu en définitive.

Battue, l’UMP s’est donc payée une crise guignolesque avec trucages, coups de théâtre et coups de menton. Mais s’est refusée à tout bilan sur le fond. Elle est donc en crise, menacée en permanence d’éclatement et concurrencée par l’UDI de Borloo (un peu) et surtout par le FN.

La question est d’ailleurs assez délicate finalement. A-t-elle été battue à cause de sa politique sociale « en faveur des riches » ? A cause du rapprochement avec les thèmes du FN ou, au contraire, parce que cette ligne n’a pas été menée jusqu’au bout ? Ou finalement est-ce juste le rejet de la personne de Sarkozy qui fut la clé ?

Ce débat n’a pas eu lieu. Peut-être parce qu’il est au final impossible à conduire sans mettre en péril l’équilibre d’un parti qui n’a jamais existé que pour conquérir ou conserver le pouvoir. Ceci seul faisant tenir ensemble des « familles » très diverses idéologiquement.

D’autant que sur la question majeure de la politique sociale, si la droite se différencie par ses votes (le plus souvent) au Parlement, il n’y a pas de « vraies raisons » à cela Au final, ce qui est de plus en plus évident, la proximité fondamentale des politiques de centre droit et de centre gauche, devrait conduire à plus de pondération. Il n’est que de voir la succession de louanges du Medef pour Hollande. Mais ce n’est pas possible bien entendu dans le théâtre d’ombres du bipartisme. Il n’empêche qu’on voit mal quelle politique réellement différente la droite pourrait élaborer. Chevaucher l’impopularité du gouvernement est une chose, disposer d’une vraie alternative en est une autre.

C’est une des raisons pour laquelle une partie de la droite se radicalise sur des questions « de société ». Il y a là us une raison électorale (récupérer les voix FN si ce n’est au premier tour du moins au second). Mais, plus profondément, il y a, toutes les enquêtes le démontrent plus qu’un calcul électoral : une réelle proximité sur des thèmes emblématiques du FN. Ceci d’autant que la mobilisation contre le mariage pour tous a montré l’enracinement des problématiques réactionnaires dans une partie de l’opinion. Toutes les institutions religieuses sont montées au créneau, révélant au passage que leur reconnaissance de la laïcité des institutions avait de sérieuses limites à leurs yeux, en plus de leur homophobie constitutive en tant qu’institution. Mais celle qui avait les moyens d’assurer la mobilisation visible est essentiellement de nature catholique. Malgré l’effondrement de la pratique religieuse et celle des vocations à la prêtrise, on a pu constater, avec au moins trois mobilisations à hauteur de 300000, l’ampleur de cette implantation. Laquelle, c’est une certitude, fera surgir une génération nouvelle de militants de droite, très ancrée à droite, et pour laquelle les frontières avec l’extrême droite ont été abolies dans la proximité de la mobilisation. C’est à la fois la possibilité d’un ressourcement mais aussi source de problèmes massifs à venir. Parce qu’en définitive cette radicalisation reste marquée socialement dans les catégories favorisées et qu’elle est en décalage à la fois avec la majorité de la population (en particulier dans la jeunesse) et avec ses préoccupations majeures. Il n’est alors pas impossible que l’UMP ait trouvé là son « tea party » à la française. Un vrai mouvement social, assuré sur ses valeurs, mais les forçant à des positions extrêmes et à l’échec au final. D’autant que, et c’est paradoxal, si Marine Le Pen s’est tenue à l’écart des manifestations (son électorat étant très partagé), il est bien possible que ce soit vers elle que, finalement, ces secteurs se tournent. Une des spécificités du FN étant justement sa capacité à agglomérer des rejets qui peuvent être totalement contradictoires entre eux.

Si cela est le cas - une pression genre « tea party » et une concurrence accrue du FN alors même qu’aucune politique sociale alternative à droite n’est disponible – les jours peuvent être difficiles pour l’UMP. Certes les barrières idéologiques avec le FN sont plus qu’enfoncées. Mais une majorité gouvernementale n’est toujours pas envisageable pour cause de divergence sur la politique européenne. Aucun secteur de la grande bourgeoisie n’est prête, pour l’instant, à sacrifier des politiques qui leur sont si favorables.

D’où un avenir incertain. Un retour de Sarkozy permettrait-il de trouver un nouvel équilibre ? Rien de moins sûr. Le rapprochement idéologique avec les thèmes du FN devraient se renforcer, mais rien ne permet de penser que ce soit l’UMP elle-même qui en bénéficie. Ceci pourrait profiter à l’UDI et aux centristes de l’UMP (et peut-être, mais là c’est vraiment spéculatif, ouvrir la voie à une union avec le PS) et bien plus certainement au FN lui-même. Cela dit, dans le système français, les analyses, déclarations, sondages sont une chose. Mais l’indicateur le plus solide ; hors celui de la rue, ce sont les élections partielles. Dans celles-ci, et malgré l’état de crise manifeste de l’UMP, celle-ci triomphe à chaque fois. Accompagnée, ce qui est nouveau dans des partielles, d’une excellente tenue du FN. De ce point de vue la partielle de l’Oise est emblématique, en attendant celle visant à remplacer Cahuzac. C’est que le simple désamour ou/et rejet du PS peut suffire à l’emporter sur le plan électoral.

Au final, malgré l’état de faiblesse de la droite gouvernementale, on voit que les issues sont toutes dangereuses. Il n’est pas exclu que les tensions entraînent un éclatement, une partie rejoignant une alliance avec un PS affaibli, l’autre partie se radicalisant encore plus à droite. Ou que l’unité soit conservée par un glissement à droite de l’ensemble. Dans les deux cas au profit des idées du FN et du FN lui-même en tant que parti.

On rejoint là une question sur laquelle la Gauche Anticapitaliste insiste depuis un an. Sans entrée en lutte des classes populaires contre les politiques austéritaires, sans alternative vraiment à gauche, sans capacité pour le Front de Gauche à élargir sa base populaire et à bâtir un rassemblement majoritaire , le balancier ira de l’autre côté, et il peut aller très loin.

Samy Johsua

La droite se cherche

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