Homophobie en Afrique : cacher la faillite de pouvoirs corrompus

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Homophobie en Afrique : cacher la faillite de pouvoirs corrompus

On assiste depuis quelques années à une résurgence des idées et parfois des actes de haine contre les homosexuels en Afrique.

Plusieurs arguments sont avancés pour dénigrer à certains le droit de vivre librement et parfois même le droit de vivre tout court. L’homosexualité ne ferait pas partie de la culture africaine, elle aurait été importée ou imposée, c’est selon, par l’Occident. Bref, la lutte contre les gays et lesbiennes se pare du voile de l’anticolonialisme, voire même de l’anti-impérialisme.

Cette position ne résiste pas longtemps à la vérité. Les pratiques homosexuelles ont existé bien avant l’arrivée des premiers Européens sur les côtes africaines. Dans une étude particulièrement intéressante[1], Charles Gueboguo souligne que dans les langues africaines, la désignation d’actes homosexuels existe que ce soit en kirundi, kiswahili, haoussa, herero, xhosa, bafia au Cameroun, ou wawihé en Angola. Sauf à tenter de démontrer, car dans l’hystérie homophobe tout est possible surtout le ridicule, que les colons ont aussi importé ces expressions !

Certains vont expliquer que l’on trouve l’homosexualité uniquement dans les classes dirigeantes en Afrique, ce qui permet d’utiliser un verbiage populiste contre la décadence de l’élite. Encore un type d’argument qui ne correspond pas à la réalité. L’homosexualité est présente partout et dans toutes les classes sociales. Certes elle est peut-être plus visible dans certaines couches parce que mieux acceptée ou en tout cas moins réprimée. Toujours est-il, que les personnes qui doivent fuir leur pays en raison de persécutions liées à leur sexualité, sont issues de tous les milieux et les plus nombreuses viennent des classes populaires car elles n’ont pas d’autre choix.

Enfin, d’autres avanceront que c’est contraire à la religion, qu’elle soit chrétienne ou musulmane. Ils ont raison ! Nous conseillerons toutefois la prudence à ceux qui veulent suivre aveuglément la religion et surtout les prêcheurs qui s’autorisent à parler au nom de Dieu en jetant l’opprobre sur d’autres humains (pourtant aussi créatures de Dieu). C’est ainsi qu’en Europe, des bûchers ont été dressés pour brûler pêle-mêle des dizaines de milliers de supposés sorciers, de protestants, de templiers ou de juifs. D’autres amputent, lapident, fouettent allégrement toujours au nom de Dieu. Prudence donc, pour ces religions qui ont encouragé les traites négrières qu’elles soient vers l’Europe ou vers les pays arabes.

Certes si la hiérarchie chrétienne ne se pose plus la question de savoir si les Noirs ont une âme, reste que ces derniers, comme d’ailleurs les femmes, vivent avec un ostracisme lié aux textes religieux. Pour le sexe féminin, il s’agit de la transgression d’Ève et pour les Noirs de la malédiction de Cham, ce qui discrimine la bagatelle des trois quarts de l’humanité. Ainsi ceux qui s’érigent en force morale, en pratiquant l’invective ont tout de même quelques millions de cadavres derrière eux, aussi ne peuvent-ils prétendre dire à quiconque comment il ou elle doit vivre.

L’intelligence pousserait à se demander pourquoi nous avons une telle offensive anti-gay en Afrique. A se demander quel intérêt ont donc les dirigeants à répandre la discrimination et l’exclusion dans leur pays. Le même intérêt qu’ils ont à promouvoir la haine entre les différentes ethnies qui composent la nation. Le vieil adage reste hélas toujours d’actualité : Diviser pour régner. Ainsi en Ouganda, pays de corruption, de fraude électorale, de répression contre l’opposition, où la misère ne cesse de grandir, les dirigeants ont trouvé une manière d’asseoir leur pouvoir en prenant la tête d’une lutte contre la décadence, non celle qui a plongé le pays dans la régression sociale dont ils sont les premiers coupables, mais en vilipendant l’homosexualité. Ainsi pendant que le consensus se construit contre la minorité sexuelle, les vrais problèmes sont oubliés.

Le Nigeria, qui n’est pas non plus, loin s’en faut, un exemple de bonne gouvernance semble vouloir imiter son voisin ougandais dans l’inflation homophobe. Il est révélateur que Wade au Sénégal, voyant qu’il perdait les élections ait tenté une offensive homophobe.

Que ceux qui croient défendre les valeurs africaines en refusant le droit des homosexuels à vivre en paix en Afrique réfléchissent au fait qu’ils mènent le même combat que leur gouvernement qui bradent les richesses de leur pays à l’Occident, qu’ils réfléchissent au fait que les lois qui condamnent l’homosexualité sont pour la plupart issues de lois léguées par le colonisateur. Qu’ils pensent enfin, au fait que ce combat est dirigé et financé à coup de millions de dollars par toute une série de sectes protestantes venant des États-Unis qui envahissent le continent. Ces sectes dont les membres représentent traditionnellement ce qu’il y a de plus réactionnaire aux États-Unis, ont fourni historiquement le gros des troupes de l’officine raciste du Ku Klux Klan qui a terrorisé pendant des décennies les descendants d’esclaves dans le Sud, se sont opposées au combat de Martin Luther King pour les droits civiques des Noirs et réclamaient la tête de Malcolm X.

Le discours de ces sectes est simple : c’est le même que celui des colonisateurs : une Afrique pure préservée de tous les maux de l’Occident identique d’ailleurs à celui de l’ancien président français Sarkozy, expliquant que les Africains n’étaient pas entrés dans l’histoire.

La lutte contre l’homophobie est un devoir pour les organisations progressistes africaines, comme l’est la lutte contre le racisme et la défense des travailleurs immigrés dans les pays du Nord. Certes ce n’est pas facile et le courage politique est nécessaire tant pour contrer la montée de la haine de l’extrême droite en Europe que l’homophobie en Afrique. Céder un tant soit peu sur un droit, même s’il concerne peu de monde, c’est le début d’une compromission sans fin. La défense des droits des minorités, quelles qu’elles soient, contre les persécutions est notre premier et impérieux devoir.

La haine de l’autre, parce qu’il est justement autre, est inadmissible, c’est le fondement même du racisme. Ce n’est pas un hasard si le premier pays africain qui a octroyé aux homosexuels les mêmes droits qu’aux autres, bien avant beaucoup de pays européens, soit l’Afrique du Sud qui a combattu, avec un courage sans pareil, pendant des décennies l’apartheid, système de discrimination par excellence.

Paul Martial, Afrique en lutte n°20. Décembre 2012.

[1] L'homosexualité en Afrique : sens et variations d'hier à nos jours

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