Habemus papam!

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Habemus papam!

Bergoglio/François : pape des pauvres ou ami de la dictature ?

A Buenos Aires, ni mouvements de foule, ni manifestations de liesse suite à l’élection du cardinal Bergoglio, devenu premier pape non européen, premier pape latino-américain, premier jésuite... Tout juste une messe dans la Cathédrale métropolitaine, à deux pas de la Casa Rosada, le palais du gouvernement, dans un pays où trois quarts des Argentins se considèrent catholiques, et seulement 23% pratiquants.

Né le 17 décembre 1936, issu d’une famille d’immigrants italiens, Jorge Mario fait des études techniques de chimie puis, à 22 ans, entre dans l’Ordre des Jésuites. Prêtre, professeur de théologie, il est promu évêque en 1992, puis grimpe un à un tous les échelons de la hiérarchie catholique.

Dans la presse, l’accent est mis sur sa personnalité austère et son profil bas. A Buenos Aires, il vit dans un petit appartement près de la cathédrale, prend le métro et se déplace personnellement dans les paroisses des quartiers pauvres.

Mais son exemplarité dont une partie de la presse fait l’éloge est loin de faire l’unanimité. La facette obscure de sa vie a fait l’objet d’une enquête-fleuve –trois livres et des dizaines d’articles – par le journaliste Horacio Verbitsky, président du Centre d’Etudes Légales et Sociales (CELS), une ONG qui bataille pour la défense des droits de l’homme.

L’affaire, racontrée par Verbitsky dans « El Silencio », remonte aux années de plomb de la dictature argentine (1976-1983). Peu après le coup d’Etat du 24 mars, les enlèvements se multiplient dans les lycées, centres universitaires, syndicats. Les prêtres ouvriers, tiers-mondistes, très impliqués socialement dans les bidonvilles de Buenos Aires, sont aussi persécutés par les commandos de la Junte militaire.

El Silencio

Le 23 mai, des forces de la Marine enlèvent dans le quartier pauvre de Bajo Flores deux jésuites, Orlando Yorio et Francisco Jalics, alors sous l’autorité de Bergoglio.

Conduits d’abord à l’Ecole de mécanique de l’armée (ESMA), ils seront ensuite torturés et maintenus en détention-disparition pendant cinq mois. L’enquête montre qu’une semaine auparavant, leur charge de prêtres leur avait été retirée. A l’époque, c’était pour les militaires un « signal » donné par l’Eglise, que les religieux étaient des subversifs, assimilés à la guérilla.

« Nous étions démonisés, questionnés par nos propres institutions et accusés de subvertir l’ordre social », a ainsi témoigné Orlando Yorio (aujourd’hui décédé). Libérés puis en exil, les deux prêtres ont dit qu’ils estiment avoir été « livrés » par leurs supérieurs : « Je suis sûr qu’il a lui-même fourni une liste avec nos noms à la Marine », a assuré Yorio, lors du procès à la Junte en 1985.

Polémique relancée

Boosté par sa quasi-élection lors du conclave de 2005 – il arrive deuxième après Ratzinger –, Bergoglio publie alors son autobiographie, et tente de se disculper. Dans l’ouvrage intitulé « Le Jésuite », il dédie un chapitre entier à expliquer qu’il aurait, au contraire, fait tout son possible pour protéger les deux prêtres alors sous son autorité.

En réaction, de nouveaux témoins ont affirmé que c’était en réalité l’évêque Miguel Raspanti qui tenta de protéger les deux jeunes prêtres et que Bergoglio s’y était opposé, sachant pourtant les dangers qu’ils encourraient.

Relations difficiles avec Kirchner

Lors du mandat de Nestor Kirchner, caractérisé par la réactivation des procès contre les responsables de la dictature, ses prises de position critiques, lui ont valu d’être qualifié de « chef de l’opposition ».

Les tensions s’accentuent en juillet 2010, tandis que le Parlement débat et vote la loi du « mariage égalitaire » qui donne les mêmes droits aux couples hétéro et homosexuels. Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires, déclare qu’il s’agit « d’une prétention destructrice du plan de Dieu ». Tout aussi intransigeant en matière de droit à l’avortement, encore hors-la-loi en Argentine, il s’est déclaré radicalement opposé, quels que soient les cas, y compris ceux de viol.

Pour l’heure, la présidente Cristina Fernandez de Kirchner a annoncé qu’elle se déplacerait à Rome pour la cérémonie d’assomption. Suivant sa Constitution, l’Etat argentin soutient financièrement l’Eglise romaine catholique, le catholicisme n’étant toutefois pas religion officielle.

Rue89.com - Claude Mary - le 14 mars 2013

Habemus papam!

A propos du nouveau chef de l’église catholique

L’élection de Jorge Mario Berloglio comme nouveau pape n’est pas une bonne nouvelle pour les progressistes du monde chrétien ni pour la révolution citoyenne en Amérique du sud.

Silencieux sous la dictature militaire puis à l’heure des jugements des militaires criminels, opposant connu aux gouvernements argentins de Nestor puis de Christina Kirschner, tendre pour l’Opus Dei, hostile aux prêtres progressistes, le nouveau chef de l’église catholique devra prouver qu’il n’a pas été élu pour déstabiliser les régimes progressistes de l’Amérique latine ni pour poursuivre les persécutions contre la théologie de la libération.

Compte tenu de l’affichage favorable aux pauvres, il faut espérer qu’il soit plutôt enclin à aider ceux qui en sont actuellement les porte-paroles en politique et dans le christianisme amérindien.

L’église populaire où l’église amie des dictateurs militaires

Ce que j’écris ici n’implique pas mon point de vue sur la foi catholique dans laquelle sont engagés une partie des miens et un nombre certain de mes camarades. Mon propos vise une personne et un système. Il vise un homme qui s’est impliqué dans son époque traversée de crimes terrifiants : ceux de la dictature militaire argentine des généraux Viola, Videla et ainsi de suite. Cette dictature a tué trente mille personnes. Ce fut la plus violente, la plus méthodique et criminelle d’Amérique du sud. Bergoglio, le nouveau pontife romain a été directement contemporain et partie prenante de cette période. Nous avons donc le droit et le devoir d’examiner son parcours. Et de mettre en garde.

L’église catholique est incontournable dans la réalité politique et culturelle de l’Amérique du sud. Elle intervient fortement dans le débat et dans la sphère publique. Je n’ai jamais caché l’importance pour le camp progressiste de l’impact la théologie de la libération. L’église de base de l’Amérique du sud est une église travaillée par la théologie de la Libération et « l’option préférentielle pour les pauvres » à laquelle se sont abreuvés la totalité des dirigeants progressistes latinos actuels. Or cette théologie a été condamnée au silence et persécutée par Rome et spécialement l’ex pape Ratzinger. L’élection de ce Bergoglio est un signal de contre-offensive signalé notamment par sa proclamation concernant les pauvres, enjeux du rapport de force politique en Amérique latine. Dans ce domaine l’église a un rôle incontournable. Et les catholiques très nombreux dans nos rangs sur place sont nécessairement impactés. Notre crainte est que le pontife abuse de sa position spirituelle pour diviser nos rangs.

Ce Bergoglio peut être jugé politiquement parce qu’il s’est impliqué dans l’action politique de son pays. Il non seulement exactement à l’opposé de la théologie de la libération mais il en combattu les prêtres. Mes amis argentins l’accusent d’avoir dénoncé des prêtres progressistes de la dire théologie sous la dictature. Il a été formellement reconnu et accusé par deux d’entre ces prêtres en 2012 dans un procès. Ces deux prêtres avaient été dénoncés, arrêtés et torturés et n’avaient échappé à la mort que par chance.

Comme président de l’épiscopat argentin il fut considéré comme un protecteur des prêtres et hiérarques catholique liés à la dictature. Comme dans le cas du curé Von Wernick condamné à perpétuité comme criminel prêtre assistant et participant aux tortures qui est pourtant autorisé à dire la messe à la prison de de Marcos Paz ou il est détenu. En tous cas, si ses engagements avec l’extrême droite militaire argentine ont été visible , son silence l’a été aussi. Ainsi quand l’aumônier des armées avait traité de « folle » la ministre de la santé partisane du droit à l’avortement en recommandant de « la jeter à la mer avec un rail au pied ». L’aumônier fut destitué sur le champ par le gouvernement. Bergoglio resta coi.

Politiquement il se comporte depuis comme un opposant aux gouvernements des Kirchner. Il s’est publiquement et durement opposé à toutes les lois sociales du gouvernement comme aux lois dites de « droits humains ». Comme celle qui concerne « le mariage pour tous » voté par l’assemblée nationale argentine. De tous les points de vue politique, l’élection de ce pape est une très mauvaise nouvelle politique pour le processus progressiste en Amérique du sud. Et d’un certain point de vue c’est une offense aux combattants contre les dictatures.

Le blog de Jean Luc Melechon le 14 mars 2013

Habemus papam!

Rattrapé par son passé sous la dictature, le cardinal de Buenos-Aires, Mgr Bergoglio, définitivement « grillé »

Né en 1936, l’archevêque de Buenos Aires, le cardinal Jorge Bergoglio, aurait raisonnablement encore pu faire office de papabile très possible. C’est un modéré, classique, « spirituel », cultivé et nuancé, vivant simplement et en retrait par rapport au tournant de la restauration ratzingérienne. Pondéré dans ses jugements, il fait figure d’homme de consensus.

"Aurait pu" car ce cardinal qui aurait été le premier Pape d’Amérique latine est aujourd’hui compromis de façon définitive par des révélations concernant son passé lors des dictatures militaires. De sorte qu’une élection à la papauté devient très improbable. A moins que le Sacré Collège ne souhaite que le prochain pontificat ne commence très mal...Ce qui après les remous médiatiques de celui serait du plus mauvais effet.

Au travers d’un livre récent "El Jesuita - Conversaciones con el cardenal Jorge Bergoglio" de Sergio Rubin e Francesca Ambrogetti, le cardinal Bergoglio a sans doute tenté de redorer son blason et de contester les sérieuses accusations qui pèsent contre lui quant à sa conduite alors qu’il était provincial de la Compagnie de Jésus en 1973 et 1979. Suite aux accusations de deux prêtres Orlando Yorio et Francisco Jalics qu’il aurait remis aux autorités militaires. La défense de Bergoglio semble empruntée.di Jalics.

Selon sa propre version, Bergoglio aurait conseillé à ces deux prêtres, religieux jésuites comme lui au demeurant (!) de "faire très attention" en raison de leur réputation de subvertir l’ordre social. C’est à dire qu’il aurait cherché à les protéger de la police dictatoriale qui ne pouvait que les poursuivre suite à leur engagement parmi les pauvres des bidonvilles de Bajo Flores. Toujours selon sa propre version, alors provincial de la Compagnie, il aurait proposé à Yorio et Jalics de venir vivre tranquillement et discrètement dans la maison Provinciale (ce qui voulait dire au passage abandonner leur mission auprès des plus pauvres).

N’écoutant que leur courage, Yorio et Jalics persévérèrent dans leur ministère. Ils furent finalement enlevés, comme on pouvait s’y attendre. Selon Bergoglio, il aurait alors cherché à obtenir leur libération. Et à les protéger.

Cette version n’est cependant pas la seule ! Et n’est pas celle de nombreux témoins, ni celle des intéressés.

Sans oser les accuser en face, Bergoglio se faisait volontiers et perfidemment l’interprète des accusations d’autres prêtres et d’évêques. Qui démentaient quant à eux les avoir émises. Un jour, le père Bergoglio (il n’avait pas encore coiffé la mitre) recommanda aux deux religieux turbulents de s’adresser à l’évêque de Moron, Mgr Miguel Raspanti. Leur affirmant qu’ils pourraient trouver refuge dans le diocèse de ce dernier. Or, en réalité, il écrivit lui-même une lettre à Raspanti terriblement négative à l’endroit des deux religieux ! L’art du double jeu en somme. Le brave Raspanti chercha pourtant à protéger et à cacher les deux prêtres. C’est Bergoglio qui l’en aurait alors dissuadé. Ce sont les calomnies répétés par Bergoglio qui empêchèrent aussi aux deux religieux d’être accueillis dans le diocèse de Buenos Aires ou d’être incardinés à Santa Fe.

Après leur libération, Yorio se rendit à Rome ou le jésuite colombien Candido Gavina, très bien informé, lui apprit, de source autorisée (l’ambassadeur argentin près le Saint-Siège) que les forces armées avaient arrêté ces deux religieux suite à la plainte de leurs supérieurs religieux qui les présentaient comme des guérilleros. L’Ambassadeur argentin confirma même cette information par écrit !

En ce qui concerne Jalics, il se réfugia par la suite aux Etats Unis. Bergoglio s’opposa à son retour en Argentine ! Et il le fit savoir aux évêques argentins susceptibles d’accueillir le religieux dans leur diocèse. Qui plus est, il alla même jusqu’à conseiller à Anselmo Orcoyen, le directeur national du culte catholique, de refuser la demande de passeport avancée par Jalics ! Un document existe à cet égard.

Bergoglio se défend en disant que ces méchantes affirmations visent à discréditer sa candidature comme papabile. Pour noyer son chien il faudrait l’accuser de la rage ! En fait, quelle que soit l’intention ce sont les faits qui parlent. Et très clairement. Dans une biographie très documenté du cardinal, avec des preuves à l’appui, Horacio Verbitsky en a établi la véracité.

Sans doute, lors du dernier Conclave ou il avait ses chances d’être élu, Bergoglio incarnait-il une ligne plus ouverte que celle de Ratzinger. Avec le hondurien Oscar Rodriguez Maradiaga et le brésilien Hummes. En comparaison du cardinal de l’opus dei, Mgr Juan Luis Cipriani Thorne, il est vrai qu’il n’est pas difficile d’incarner l’ouverture parmi les papabili d’Amérique. Aujourd’hui c’est l’archevêque de Sao Paulo, le cardinal Pedro Odilo Scherer qui peut faire figure d’étoile montante. Bergoglio est semble-t-il définitivement grillé. Quant à Rodriguez Maradiaga, son soutien au putsch droitier dans son pays fait qu’il est plus difficile de le considérer comme un papabile "de gauche", ou du moins social.

Ceux qui misèrent jadis sur Bergoglio, présenté un peu rapidement comme un nouveau Luciani parce qu’il prenait les transports en commun et vivait simplement, habillé comme un prêtre de base et non comme un prince de l’église avaient oublié que provincial des jésuites il combattait la ligne Arrupe. D’ouverture. Et qu’il doit une promotion épiscopale à cinquante ans largement écoulés, inattendue, au soutien amical du cardinal Antonio Quarracino, son prédécesseur à Buenos Aires. Un ultra-conservateur.

Source: Golias News, 5 Mai 2010, article disparu depuis le 13 mars 2013.

Habemus papam!