Grève des médecins chirurgiens et anesthésistes du privé : la santé devient un marché

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Grève des médecins chirurgiens et anesthésistes du privé : la santé devient un marché

La grève des blocs opératoires initiée par les éléments les plus ultras des médecins libéraux et la grève de certains internes n’a qu’un objectif : faire encore plus reculer un gouvernement et une ministre qui, le 23 octobre dernier, en signant l’avenant numéro 8 à la convention médicale, avait déjà largement fait marche arrière.

L’objectif affiché politiquement était d’encadrer les dépassements d’honoraires du secteur 2 pratiqués par 40% des médecins spécialistes, 75% des chirurgiens et environ 8% des généralistes.

À l’arrivée, les dépassements se trouvent autorisés jusqu’à 2,5 fois le tarif de base de la Sécu (dit tarif opposable). Mais cela ne constituera qu’un repère. Après entreront en compte la notoriété, l’expérience, l’environnement... bref, il y aura beaucoup de possibilités pour aller au-delà. Le contrat d’accès aux soins proposé aux médecins du secteur 2 prévoit lui aussi un dépassement possible jusqu’à « seulement » deux fois le tarif opposable, sous certaines conditions et avec d’autres avantages, mais il sera ouvert à certains médecins du secteur 1, notamment les anciens chefs de cliniques. Au total, on peut penser que le volume des dépassements d’honoraires va encore augmenter.

Enfin le contrôle annoncé laisse dubitatif quand on voit le bilan du contrôle de l’activité privée pour les praticiens hospitaliers, théoriquement encadrée par une réglementation claire. C’est éloquent : un récent rapport a ainsi montré qu’il était inexistant à l’Assistance publique de Paris et que certains praticiens étaient de fait en activité privée à temps complet.

Les « revendications » de ces praticiens regroupés dans une structure appelée le bloc, exerçant essentiellement en cliniques privées est simple : liberté tarifaire. Le droit à la santé devient une simple marchandise.

La grève de certains internes, s’appuyant sur un mécontentement lié aux conditions de travail de cette catégorie de médecins en formation à l’hôpital a également été dévoyée dans cette logique de revendication de liberté d’installation et de liberté tarifaire.

Cette logique libérale décomplexée revient purement et simplement à remettre radicalement en cause le principe d un droit égal à l’accès aux soins, déjà bien remis en cause par toutes les mesures prises ces 20 dernières années, à revendiquer une médecine pour les riches et le renoncement aux soins pour ceux qui ne sont pas suffisamment solvables. C’est l’inégalité face à la maladie et la ségrégation sanitaire fondée sur les ressources financières des malades que défendent ces soi-disant pigeons devenus vautours.

C’est une logique de marché du soin qui est à l’œuvre, comme si les malades étaient de simples consommateurs. La médecine privée, fondée sur le paiement à l’acte, atteint là les limites de l’inacceptable.

Des réactions se sont fait jour. Il faut faire connaître la pétition du mouvement des médecins solidaires initiée en Aquitaine qui se prononce contre les dépassements d’honoraires, il faut noter également la pétition initiée par des médecins hospitaliers dénonçant cette grève comme corporatiste. Cela témoigne du fait que ce qu’il est convenu d’appeler le corps médical n’est justement pas un bloc monolithique soudé dans la défense de la médecine libérale, mais qu’il est traversé par des tensions, des contradictions. L’aspiration à d’autres pratiques, d’autres modes d’exercice, d’autres modes de rémunération est bien présente notamment parmi les jeunes médecins.

Créer les conditions de leurs mises en œuvre en se prononçant et en popularisant par exemple l’idée de la construction d’un vaste réseau de centres de santé publics de proximité constitue de ce point de vue un enjeu essentiel des combats politiques que le Front de gauche doit porter.

Roland Foret - Publié le 16 nov 2012

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