Chypre rend les armes face à la troika

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Chypre rend les armes face à la troika

"Equitable" et à "même de stabiliser la situation à Chypre". C'est en ces termes que le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a présenté ce lundi matin le plan de sauvetage remède de cheval élaboré dans la nuit pour l'île.

Le tribut sera lourd pour l'économie chypriote. Ce sera "très difficile pour le pays", a reconnu le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn. Mais la Commission européenne "fera tout son possible pour alléger les conséquences sociales" de ce plan, a-t-il promis. Ce plan de sauvetage est un donnant-donnant qui aura un sérieux impact sur l'emploi:

  • Chypre recevra une aide de 10 milliards d'euros...
  • pour peu qu'elle réduise drastiquement son secteur bancaire: Laïki, la deuxième banque du pays et ses 2.000 salariés, sera fermé
  • Bank of Cyprus, le premier établissement du pays qui compte beaucoup de déposants russes, ne disparaîtra pas. Les autorités chypriotes ont bataillé ferme pour éviter cette deuxième fermeture. Mais les déposants au-dessus de 100.000 euros vont eux aussi subir des pertes importantes, encore non chiffrées.
  • les petits dépôts seront intégralement préservés. Ils seront mis dans une "good bank",
  • en revanche, les autres iront dans une "bad bank". "Les dépôts non-sécurisés de plus de 100.000 euros seront gelés et participeront à la recapitalisation nécessaire" du secteur bancaire, a précisé le ministre allemand, Wolfgang Schäuble. Ce qui correspondra à 4,2 milliards d'euros

Pierre Moscovici, ministre des Finances français, avait insisté sur la nécessité de mettre fin à ce qu'il a qualifié d'"économie-casino". "Tout dans la situation de Chypre est atypique, cela appelait des réponses très spécifiques", a-t-il expliqué une fois l'accord trouvé. Le démentellement du secteur financier de l'île aura des conséquences sociales importantes: 8500 personnes travaillent dans les banques. La finance représente 45% du produit intérieur brut de l'île.

Satisfaction des marchés

Pour l'heure, la troika (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international) ne s'inquiète pas trop du coût social du plan de sauvetage. Ils préfèrent souligner que l'accord "met fin aux incertitudes concernant Chypre et la zone euro", comme le chef de file des ministres des Finances des 17, Jeroen Dijsselbloem. Même satisfecit de la part de Christine Lagarde qui fera une recommandation sur le versement de l'aide du FMI à Chypre "dans les semaines qui viennent". Les marchés financiers asiatiques et européens ont salué l'accord à leur façon, avec des bourses en hausse ce lundi matin.

Versement de l'aide en mai. Le plan de sauvetage doit encore être approuvé d'ici mi-avril par plusieurs parlements de pays de la zone euro, dont l'Allemagne. Le premier versement de l'aide devrait avoir lieu début mai.

Sur l'île, les banques sont fermées depuis près de dix jours pour éviter la fuite des capitaux, et pourraient ne pas rouvrir mardi comme prévu. La décision sera prise "dès que possible", a indiqué le ministre des Finances Michalis Sarris. En attendant, les clients des deux plus grandes banques doivent composer avec une nouvelle limitation des retraits aux distributeurs à 120 euros par jour à la Bank of Cyprus, et 100 euros à la Laiki, selon l'agence CNA.

La colère monte dans le pays, où des manifestations ont été organisées samedi et dimanche. Un engin explosif a légèrement endommagé une succursale de la Bank of Cyprus dimanche soir, près de Limassol (sud), selon des médias locaux.

humanite.fr - le 25 mars 2013

Chypre rend les armes face à la troika

Déclaration d’Alexis Tsipras (Syriza) sur la crise à Chypre

Il est totalement évident maintenant que les leaders de l’UE suivent une voie qui va ouvertement à l’encontre des peuples européens. La stratégie du gouvernement allemand, avec la bénédiction du capital financier spéculatif en Europe, est une stratégie de colonisation de tout le sud de l’Europe, en particulier de la Grèce et de Chypre.

Un instrument clé pour la mise en œuvre de cette stratégie est l’extorsion basée sur la dette, la même dette qui dévaste le sud du continent avec les politiques néolibérales d’austérité. Même si la dette n’aurait pas existé, ils l’auraient inventée dans le but de servir leurs objectifs. La décision de l’Euro Groupe de vendredi dernier met en péril la stabilité du système financier de toute la zone euro. Il s’agit d’une bombe placé dans les bases de la stabilité non seulement du système bancaire à Chypre, mais aussi dans toute l’Europe. Cette décision doit être annulée avant qu’elle ne provoque des dégâts irréversibles.

Le gouvernement grec, avec les déclarations des porte-paroles de Stournaras et Samaras, a apporté son soutien à ces décisions inacceptables. Le gouvernement grec n’a pas hésité à accepter la proposition de coupe dans les dépôts des citoyens chypriotes, créant ainsi un précédent inacceptable pour les pays en risque dans la zone euro. Avec cette décision, le gouvernement grec prend une responsabilité historique, sans même offrir la moindre information au peuple et au Parlement grec. Hier, j’ai demandé par lettre au président du Parlement une session urgente de l’assemblée nationale afin que l’on nous informe sur la position prise par le gouvernement grec vendredi dernier à la réunion de l’Euro Groupe. Malheureusement, cette demande a été refusée avec de fausses excuses.

Mais la question demeure. Le gouvernement grec n’a pas le droit de soutenir, sans l’approbation du Parlement, une décision qui dissous de facto le système financier chypriote et pose d’énormes risques au système financier grec. Je lance un appel urgent au Premier ministre pour qu’il convoque une session extraordinaire du Parlement. Il a non seulement le droit de le faire, mais c’est aussi son devoir.

Selon nos estimations, l’objectif ultime de la décision politique de l’Euro Groupe n’est pas le sauvetage de l’économie chypriote, mais bien d’imposer un régime de domination économique absolue sur Chypre, qui est une région géopolitique ayant une valeur particulière. Il semble évident que l’objectif consiste à garantir de manière anticipée l’accès aux ressources énergétiques du pays, y compris les hydrocarbures. Et le gouvernement grec a une grande responsabilité dans le fait que la décision a été acceptée dans l’Euro Groupe. Le Premier ministre grec a enchaîné le pays au char du mémorandum de madame Merkel, en ruinant tous les avantages obtenus dans les négociations qui ont suivies les élections grecques et en rompant toutes promesses faites de renégociation. Et maintenant, il accepte et se fait même le complice de la nouvelle colonisation de la république chypriote. Il ignore une fois de plus et dévalue la nécessaire politique étrangère multidimensionnelle et le rôle que doivent jouer l’intervention des organisations populaires et la population dans l’évolution de la Grèce et de Chypre.

Mais il existe des limites à la tolérance et à la patience des gens. Nous demandons au gouvernement, même si c’est de manière rétrospective, de ne pas valider la décision qui signifie la colonisation de Chypre et la dissolution de son économie. Et nous appelons à un sommet extraordinaire de l’UE afin d’indiquer clairement que la partie grecque n’accepte pas cette option.

La décision du Parlement chypriote ne détermine pas seulement l’avenir de Chypre, mais aussi, probablement, celui de la zone euro toute entière. Le NON fier adressé par le Parlement chypriote aux plans de dissolution du pays est, en même temps, le NON de tous les peuples européens adressé à la voie sans issue autodestructrice pour l’Europe. Il démontre en même temps que, même dans les moments les plus difficiles, il y a de l’espace pour la résistance et la négociation.

Ceux qui pensent que l’on peut exercer constamment un chantage et jouer avec le feu doivent maintenant considérer leurs responsabilités. Et surtout se rendre compte que, mis à part les gouvernements qu’ils contrôlent, comme le grec et les gouvernements pro-mémorandums, il y a des gens qui ne vont pas se rendre sans lutter. Les peuples d’Europe n’ont pas encore dit leur dernier mot. Les peuples grec et chypriote doivent commencer une contre-attaque totale des peuples d’Europe contre les plans destructeurs des leaders de l’UE, en ouvrant ainsi la voie à la construction d’une autre Europe, l’Europe de la solidarité, de la démocratie et de la cohésion sociale.

Alexis Tsipras
Source : http://www.anticapitalistas.org/spip.php?article281
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