Articles scandaleux : La Dépêche persiste et signe!

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Articles scandaleux : La Dépêche persiste et signe!

La Dépêche du Midi, accumule les articles aussi atterrants que navrants, à propos du viol ou des agressions sexuelles (les 02/05/13, 11/05/13 et 18/05/13, soient 3 articles en 15 jours). Le Planning Familial 31 a décidé de publier un deuxième communiqué (ci dessous) pour réagir à cette situation.

Il serait vraiment temps que la rédaction de la Dépêche se reprenne, qu'elle fasse un travail journalistique cohérent et intègre, au lieu de chercher le sensationnalisme à tout prix. Multiplier les articles superficiels et sans aucune analyse ne fait que construire et amplifier le sentiment d'insécurité.

Le 28 mai 2013.

Articles scandaleux : La Dépêche persiste et signe!

Communiqué de presse du Planning Familial 31

"Nous souhaitons réagir à un article publié récemment par La Dépêche du Midi, qui une fois de plus crée la psychose plutôt qu’il ne la combat, comme l’auteure voudrait nous le faire croire. Après un article scandaleux à propos d’une agression sexuelle pour lequel le planning familial 31 s’était révolté à travers un communiqué, le journal persiste et signe le 18 mai un nouveau texte superficiel et révoltant. Cet article ne réfléchit pas aux causes du phénomène dont il traite, il en tire seulement des conclusions hâtives et réductrices. Il ne s’agit pas ici de nier le sentiment d’insécurité que des femmes peuvent ressentir dans l’espace publique, mais de dénoncer comment La Dépêche le construit et l’amplifie.

Dès le titre de l’article le ton est donné : « faut-il avoir peur la nuit à Toulouse ? » ; tout en multipliant les exemples dans un style sensationnaliste, on conseille une fois de plus aux femmes « la prudence », il conviendrait pour les femmes la nuit à Toulouse de « marcher tête baissée », de « prier pour qu’il ne (leur) arrive rien ». Certes ce sont des témoignages de femmes et non les propos des auteures ; certes, nombreuses sont les femmes à mettre en place des stratégies d’évitement dans l’espace public. Cependant, en relayant ces propos sans en faire aucune analyse, La Dépêche s’adresse une fois de plus aux victimes plutôt qu’aux agresseurs potentiels. De la même manière les propos d’un commissaire de police sont retranscrits sans aucune analyse, les services de police conseillent aux jeunes femmes «d'éviter de rentrer seules à pied, de préférer le covoiturage ou d'être accompagnées

Les femmes devraient donc se protéger, être prudentes. Mais que conseille-t-on aux hommes ? Une fois de plus, rien. C’est à la victime de faire en sorte de ne pas se faire agresser et non à l’agresseur de changer son comportement. En aucune manière on ne pointe la responsabilité de l’agresseur. Pourquoi ne pas demander aux hommes de rentrer à plusieurs pour être certain que l’un d’entre eux n’agresse pas ? Pourquoi ne pas leur conseiller de changer de trottoir quand ils marchent derrière une femme pour ne pas accentuer le sentiment d’insécurité ?

D’autre part, même si cela peut être une réalité, le plus souvent les agresseurs ne sont pas des « prédateurs sexuels » ou des hommes ayant consommés des stupéfiants ou de l’alcool comme le laissent entendre les auteures. De plus elles nous expliquent que « les jeunes filles sont particulièrement exposées aux agressions lors de retours des soirées festives ». D’où provient cette affirmation? Sur quelle enquête se base la journaliste ?

Ce qui émane de cet article et qui nous semble dangereux, c’est que les femmes n’ont pas leur place dans l’espace public au même titre que les hommes ; et que si elles prennent le « risque » de l’investir, elles deviennent co-responsables de ce qui leur arrive.

Comme nous l’avons déjà dit dans notre précédent communiqué, ce phénomène n’est pas isolé, plus de 75 000 femmes par an en France sont victimes de viols (sans parler des autres agressions sexuelles : attouchements, harcèlement sexuel…), et participent d’un système bien plus important que l’on nomme la domination masculine.

Par ailleurs, il est surprenant que pour écrire un tel article les auteures ne se basent que sur la seule source policière. Celle-ci reflète nécessairement une réalité partielle et partiale. « Nous enregistrons une centaine de plaintes pour viol chaque année, sachant qu'une partie de ces plaintes sont finalement retiréesnous explique un commissaire de police. Que fait cette phrase ici sans aucune analyse ensuite des raisons du retrait de ces plaintes, ou même du faible chiffre avancé ? Sachant que moins de 10% des femmes victimes de violences portent plainte et au vue du nombre de femmes victimes de viol chaque année en France (plus de 75000 faut-il le rappeler ?), ce chiffre de 100 plaintes par an en Midi-Pyrénées nécessite des précisions. Il laisse transparaitre que seulement 100 femmes en Midi-Pyrénées seraient victime de violences chaque année – le chiffre est hélas bien plus élevé – cette omission a pour effet de minimiser les violences faites aux femmes et d’invisibiliser le système duquel elles découlent et participent.

Nous déplorons que La Dépêche, une fois de plus, publie un article aux sources uniques et sans aucune réflexion de fond. De plus, s’il est primordial de relayer la parole des femmes, livrer ainsi trois témoignages sans en faire l’analyse derrière relève plus du journal intime que du journalisme. En insistant sur les dangers encourus par les femmes dans l’espace public ce journal ne fait qu’accentuer le contrôle social qui s’exerce sur elles et la ségrégation sexuée de l’espace public."

Toulouse, le 28 mai 2013

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