Affaire Zyed et Bouna : les deux policiers seront jugés en correctionnelle

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Affaire Zyed et Bouna : les deux policiers seront jugés en correctionnelle

Huit ans après les faits, la cour d'appel de Rennes a décidé, vendredi 20 septembre, de renvoyer en correctionnelle les policiers impliqués dans la mort de Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, morts en 2005 à l'issue d'une course-poursuite à Clichy-sous-Bois.

Ce drame qui avait embrasé les banlieues françaises. Le 27 octobre 2005, les deux adolescents étaient morts électrocutés dans un transformateur EDF où ils s'étaient réfugiés. Un troisième jeune, Muhittin Altun, 17 ans au moment des faits, avait été grièvement brûlé.

Joint par Le Monde, Me Jean-Pierre Mignard, avocat des familles des deux adolescents, s'est dit "apaisé" par la décision.

"La cour a pris acte des critiques sévères de la Cour de cassation. Cela revient à juger que seules des motivations d'interpellation à tout prix ont poussé les deux policiers à continuer à poursuivre Zyed et Bouna alors qu'ils se mettaient en danger. Maintenant l'affaire va pouvoir être jugée sur le fond dans un débat public. C'est tout ce que nous demandions ".

"S'ILS RENTRENT SUR LE SITE EDF, JE NE DONNE PAS CHER DE LEUR PEAU"

Stéphanie K., une policière stagiaire qui était ce soir-là au standard téléphonique et Sébastien G., un policier qui était sur place, sont mis en cause pour "non-assistance à personne en danger" pour ne pas avoir pas tenté de porter assistance aux adolescents en faisant couper le courant dans le transformateur.

Les enregistrements des conversations de policiers, saisis pendant l'enquête, font apparaître une phrase prononcée à la radio par un troisième homme : "En même temps, s'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau".

Comme le parquet général de Rennes au printemps, le parquet de Bobigny, le parquet général de la cour d'appel de Paris et le parquet général de la Cour de cassation avaient déjà requis un non-lieu, avant que la Cour de cassation ne renvoie finalement l'affaire devant une autre juridiction.

ARGUMENTAIRES INCHANGÉS

Sur les faits, les argumentaires des deux camps restent presque inchangés depuis le début de cette procédure judiciaire hors norme. Pour Me Mignard, avocat de la défense lors de la course-poursuite,

"les deux policiers voient les adolescents pénétrer dans le site [EDF] mais ne font rien pour les alerter du danger qu'ils courent. Les policiers savent qu'ils sont en danger de mort, mais aucun ne prend la peine de les appeler. Au contraire, tout ce qui est fait contribue à augmenter l'effroi des adolescents, avec des manœuvres d'encerclement qui vont les pousser à s'enfoncer dans le site".

Pour Me Daniel Merchat, qui défend les deux policiers, ses clients :

"n'ont jamais su qu'ils étaient entrés ; au contraire, après vérification, ils étaient convaincus qu'ils n'y étaient pas. Ils ont procédé à toutes les vérifications qui étaient en leur pouvoir pour s'assurer qu'il n'y avait personne dans le site".

Trois semaines d'émeutes avaient suivi la mort des deux garçons, avec un bilan de 300 bâtiments et 10 000 véhicules incendiés, 130 policiers et émeutiers blessés. Les violences avaient amené le premier ministre de l'époque, Dominique de Villepin, à instaurer l'état d'urgence pour la première fois depuis la guerre d'Algérie.

Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 20.09.201

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