Deux salariés de Nutribio, licenciés après la grève, veulent être réintégrés

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Deux salariés de Nutribio, licenciés après la grève, veulent être réintégrés

Les salariés de Nutribio ont assigné en référé leur direction pour demander la réintégration de deux collègues licenciés après le blocage de l'usine au printemps dernier. Les prud'hommes de Montauban ont mis, hier, leur jugement en délibéré au 24 novembre.

Une quarantaine de salariés de Nutribio, soutenus par la CGT, se sont mobilisés pour soutenir leurs deux collègues qui demandaient leur réintégration dans l'entreprise devant le conseil des prud'hommes de Montauban. Ces derniers ont été licenciés pour faute grave à la fin du mois de mai dernier. Une décision qui faisait suite à une grève d'une dizaine de jours et au blocage, entre fin mars et début avril, de l'usine spécialisée dans la fabrication de lait infantile en poudre, située dans la rue Fernand Belondrade, à proximité du nouveau lycée Pierre-Marie Théas. Aussitôt après le licenciement, les salariés avaient assigné en référé leur direction.

Après un report en juin, l'audience s'est tenue hier après-midi devant un juge départiteur, c'est-à-dire un magistrat professionnel, après les conseillers prud'homaux ont échoué à se mettre d'accord. L'avocate des salariés a contesté la faute lourde caractérisée qui a sanctionné les deux salariés. Frédérique Bellinzona a rappelé qu'ils n'étaient pas les seuls à manifester leur colère devant l'usine, qu'ils étaient même, à l'époque, une bonne quarantaine à s'être mobilisés pour réclamer une revalorisation de leurs salaires. Elle a également estimé qu'il n'y avait eu «aucun acte de violence, aucune dégradation durant le conflit. Le mouvement a été mené de façon correcte. »

Le conseil de la direction a de son côté fait valoir que le tribunal avait déclaré le blocage du site illégal. Il a bien voulu reconnaître qu'il «n'y avait eu d'atteinte à l'outil de travail», mais il a aussi martelé qu'il s'agissait «d'une faute lourde de participer au blocage du site.»

Après une heure et demie de plaidoirie, la décision a été mise en délibéré et devrait être rendue le 24 novembre. A l'issue de l'audience, Lina Desanti, secrétaire générale de l'UD CGT de Tarn-et-Garonne a indiqué : «Dans une période difficile au point de vue économique et social, il y a une véritable machination de la part de Nutribio qui vise à casser toute demande de progrès social. Ils veulent faire des exemples et instaurer un climat de peur.»

L'audience a été empreinte d'émotion, hier. Notamment, lorsque Jérôme Prunier, l'un des deux licenciés, conducteur de tour de séchage depuis 18 ans dans l'usine, a lu une lettre à la barre. Extraits.

«On m'a licencié sans se soucier de savoir qu'avant toute chose je suis une personne et que j'ai une famille. Mon épouse ne touche que 540 € par mois et mon fils passe son bac S à la fin de l'année. Il a toujours été premier de sa classe et pourtant 15 jours après mon licenciement, il loupait son bac de français, oral et écrit. Il faut dire que la nuit nous l'entendions pleurer dans son lit. Un licenciement aussi brutal affecte toute la famille (…) Je n'aurai jamais cru que cette histoire puisse aller aussi loin (..) Le licenciement pour faute lourde m'a fait perdre, auprès de Pôle emploi, mes droits à la formation (…) Je m'en remets à vous, Mme le Juge, afin que vous me permettiez de réintégrer notre usine.»

La Dépêche.fr - Thierry Dupuy, le 21 oct 2014

Deux salariés de Nutribio, licenciés après la grève, veulent être réintégrés

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