Clément Meric : les examens des portables contredisent la version de la rixe que les skins ont donnée aux policiers.

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Clément Meric : les examens des portables contredisent la version de la rixe que les skins ont donnée aux policiers.

Devant les policiers, devant les juges, lors de toutes ses auditions, Samuel Dufour a toujours nié. Le jeune skin de 20 ans, mis en examen et écroué depuis cet été dans l’enquête sur la mort de Clément Méric lors d’une rixe le 5 juin 2013 a toujours expliqué ne pas avoir donné de coup à ce dernier. Il réfute avoir été armé d’un poing américain. Grâce à l’examen de son téléphone portable, la justice est aujourd’hui en possession d’éléments qui contredisent le système de défense du jeune homme.

D’après nos informations, des SMS envoyés par Samuel Dufour lors de la soirée suivant la bagarre qui avait éclaté entre skins et antifas et provoqué la mort de Méric, à la sortie d’une vente privée de vêtements Fred Perry près des grands boulevards parisiens, sont accablants. «J’ai frappé avec ton poing américain», écrit-il à une connaissance. «Ba il est parti à l’hôpital», écrit encore Samuel Dufour, qui ouvre cet échange avec un «mdr» comme «mort de rire», sans que l’on sache à quelle partie de la conversation cet éclat de joie fait référence.

Bagues. Ces messages, d’après une source proche de l’enquête, ont été envoyés à un proche de Serge Ayoub, leader des groupuscules d’extrême droite Troisième Voie et les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) dissoutes après la mort de Clément Méric. Cet interlocuteur lui répond : «vous étiez combien ?» «Cinq contre trois», puis, «on les a défoncés». Autre SMS : «j’ai plein de sang sur mon bombers mais c’est le mien, demande à Serge si je dois le nettoyer ?» Ce SMS restera sans réponse. Aux policiers, lors de sa garde à vue, Samuel Dufour, apprenti pâtissier, avait expliqué qu’il n’avait fait que se défendre face à l’agression des antifas. Tout comme lors de sa mise en examen pour «violence volontaire en réunion avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner» sur la personne de Clément Méric. Le coup-de-poing américain ? Il n’en a pas porté ce jour-là, dit-il. Il concède simplement avoir eu ses bagues, au nombre de deux, comme tous les jours. Il nie que ces bijoux soient des bagues de combat et réfute les avoir portés pour frapper. L’un des antifas décrira pourtant très précisément que Samuel Dufour était porteur «d’un poing américain de couleur argentée avec de la peinture rouge un peu passé sur les phalanges». Des témoins extérieurs à la bagarre également. A-t-il porté des coups à Clément Méric ? Il jure que non, et explique n’avoir fait que se défendre. Un témoin raconte pourtant aux enquêteurs que celui qui a tapé Méric était porteur d’un «drapeau français». Or, Dufour reconnaît avoir eu un blouson avec un écusson du drapeau français. Lors de sa garde à vue, Samuel Dufour s’était montré plus confus. «J’ai pris plusieurs [coups], mais je ne sais plus si j’en ai donné plusieurs.»

L’expertise concernant les causes exactes de la mort de Clément Méric, 1 m 80 pour 66 kilos et en rémission d’une leucémie depuis dix-huit mois avait conclu à l’absence d’usage d’un poing américain, mais sur le mode interrogatif. Les experts concluaient également que cinq coups avaient été portés sur le jeune homme, alors qu’Esteban Morillo, l’autre skinhead écroué et mis en examen dans le dossier, a lui reconnu en avoir porté deux. «Ces éléments ne remettent pas en cause ce qui a été établi par ailleurs, c’est-à-dire que Samuel Dufour n’a jamais touché Clément Méric», a réagi hier soir Julien Fresnault, l’avocat du jeune skin.

Rôle. L’examen des appels passés par le petit groupe de skins présent lors de la rixe contredit une partie de leurs déclarations. Dès 20 heures ce soir-là, et jusqu’au lendemain sans interruption, les lignes de portables ont crépité. Ont-ils préparé leur défense ? Convenu d’un rôle pour chacun ? Samuel Dufour, encore lui, avait par exemple expliqué aux policiers lors de sa garde à vue être rentré directement chez lui après la rixe et appris le lendemain matin la mort du jeune antifa. En fait, le jeune homme, tout comme Morillo, s’est retrouvé ce soir-là dans le XVe arrondissement de Paris, au Local, le bar de Batskin (surnom de Serge Ayoub) qui était également présent ce soir-là, près du comptoir. Le duo a fini par le reconnaître, tout en niant lui avoir parlé. Ayoub, entendu le 7 juin par les policiers, a lui reconnu s’être entretenu avec Morillo et l’avoir encouragé à se rendre à la police le lendemain. D’après les relevés des appels, Ayoub et Morillo se sont bien parlé treize minutes après minuit. Mais ce n’est que l’un des 34 contacts entre les deux hommes cette nuit-là. Ils ont ensuite échangé jusqu’à 3 heures du matin, puis de nouveau tôt le lendemain matin. Et Ayoub ne s’est pas entretenu qu’avec une seule des personnes présentes lors de la rixe. Il a eu des contacts avec un autre skin, Alexandre E. à 22 reprises, puis avec Stéphane C. (qui n’a pas donné de coup le 5 juin, mais s’est approché des antifas en faisant tournoyer sa ceinture) à 4 reprises. A 9 reprises, enfin, Ayoub a communiqué avec Samuel Dufour.

Clément Meric : les examens des portables contredisent la version de la rixe que les skins ont donnée aux policiers.

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