« Ensemble !, c’est une opportunité historique »

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

« Ensemble !, c’est une opportunité historique »

ENTRETIEN. Ensemble !, troisième force (et dernière-née) du Front de gauche, veut d’imprimer sa marque dans la coalition tout en s’engageant dans une campagne sous le signe de l’union pour les européennes.

Politis : Comment se déroule la campagne sur les européennes pour le Front de gauche ?

Stéphanie Treillet : Comparé au FN et aux sociaux-libéraux qui ont préempté le débat dans l’espace médiatique, on entend peu le Front de gauche qui a un programme de refondation d’une autre Europe, en rupture avec les politiques néolibérales. Néanmoins, si la campagne est courte, le terreau est favorable puisque le Front de gauche s’est précisément construit sur l’idée qu’une autre Europe était possible dans la campagne du référendum de 2005 [sur le Traité constitutionnel européen, NLDR].

Jean-François Pellissier : En 2005, nous avons gagné une bataille, mais qui est restée sans suite faute d’un accord sur le type d’Europe que l’on voulait. Depuis, il y a eu un mûrissement, et aujourd’hui, nous pouvons avancer une alternative formulant les contours de l’Europe que nous voulons. Même si des interrogations demeurent, nous réclamons notamment une Assemblée constituante et davantage de démocratie et de participation citoyenne. Le Front de gauche, et plus particulièrement Ensemble !, tente aussi de porter des sujets dont personne ne parle : la politique aux frontières de guerre aux migrants et Frontex, les menaces sur le droit à l’avortement… Notre mouvement ambitionne de mettre en place une nouvelle culture politique intégrant, en plus des questions économiques et sociales, la problématique de la consommation ou de la reprise en main par les travailleurs de leur outil de production – ce que nous proposons pour Alstom après une nationalisation provisoire...

Politis : Qui sont les adhérents d’Ensemble ! ?

Stéphanie Treillet : En plus des ex-NPA (Gauche anticapitaliste, Convergences et alternative), des Alternatifs, de la FASE, dont l’Association des Communistes Unitaires, et d’une partie de la Gauche Unitaire, on trouve beaucoup de militants associatifs, issus des mouvements de femmes, de l’antiracisme ou de l’altermondialisme, mais aussi des syndicalistes, des autogestionnaires, des écolos... Pour ce qui concerne les anciens du NPA (dont une partie avait rejoint Convergences et alternative), ce sont des militants qui critiquaient depuis longtemps le côté « mono-courant » du parti, qui ont rejoint les collectifs unitaires pour une candidature antilibérale en 2006 et qui, pour certains, plaidaient pour une alliance avec le Front de gauche aux européennes en 2009.

Jean-François Pellissier : Nous, les Alternatifs, sommes entrés dans le Front de gauche en 2012, après de longs débats. Il y a toujours des réticences chez certains d’entre nous qui pensent, et c’est leur droit, que le Front de gauche est un cartel d’organisations qui n’existe que pour mener des campagnes électorales. Moi, j’estime que notre défi, c’est justement de faire du Front de gauche un vrai mouvement politique uni, et qu’Ensemble ! est une opportunité historique. Pour le moment, nous sommes dans une période de transition : depuis deux mois, les militants peuvent adhérer directement à Ensemble !, et depuis juillet dernier, il y a une accélération du processus de rassemblement qui a été encouragé par les militants de la « base ». Il faut dire que dans certaines régions, les gens militaient ensemble depuis longtemps, ce qui a facilité cet effet d’agrégation qui avait d’ailleurs été préfiguré dans un appel signé de plusieurs personnalités et publié dans Mediapart en 2012.

Stéphanie Treillet : Au sein d’Ensemble !, nous sommes de cultures politiques différentes, et acceptons de débattre, par exemple sur le rôle que doit avoir un parti politique et la relation qu’il doit avoir avec le mouvement social… Mais, contrairement à ce qui passe dans l’extrême gauche, nous sommes résolus à voir plus ce qui nous rapproche que ce qui nous distingue.

Politis : Quelle est la raison d’être d’Ensemble ! à l’intérieur du Front de gauche ?

Jean-François Pellissier : Même si nous portons le programme du Front de gauche, grosso modo, on se distingue du PCF sur l’écologie, et du Parti de gauche sur notre conception de la nation. On veut s’inscrire dans un travail d’éducation populaire et faire vivre les collectifs locaux mis en place pendant la présidentielle. On ne croit pas au parti guide, mais à l’action collective concertée, qui prend un peu plus de temps mais qui est plus efficace. Ensuite, Ensemble ! insiste plus que les autres formations, en liant « le rouge et le vert » et l’auto-organisation, sur les questions climatiques et agricoles, les grands projets inutiles comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le nucléaire et la transition énergétique... Nous pensons pouvoir attirer des militants qui se retrouvent davantage dans une formation en construction que dans des partis déjà constitués depuis longtemps. Enfin, nous ne voulons pas mettre l’éteignoir sur la critique de la conception actuelle Front de gauche qui existe au sein même du Front de gauche. Alors que le mouvement est en crise, on ne veut pas nier les problèmes, mais rebondir dessus en proposant des solutions.

Stéphanie Treillet : Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas en concurrence avec le PCF et le Parti de gauche... Si nous sommes entrés dans le Front de gauche, ce n’est pas par défaut, c’était pour reconstruire l’arc de force de 2005, et une majorité alternative à gauche. Nous sommes d’accord sur le programme, mais ce qui nous distingue, c’est l’idée qu’il faut co-construire le Front de gauche avec le mouvement social, le faire évoluer par le bas. Nous regrettons que, depuis la campagne réussie de 2012, le Front de gauche n’ait pas vraiment réussi à intervenir hors des moments électoraux. Plusieurs manifestations où il a été actif (30 septembre 2012 contre le TSCG, 1er décembre 2013 pour la révolution fiscale) ont été des mobilisations de masse mais aussi des « coups » sans lendemain. Aujourd’hui contre l’austérité, après la manifestation du 12 avril, nous pensons qu’il faut une campagne unitaire s’inscrivant dans la durée.

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