De quoi l'abstention est-elle le nom

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

 De quoi l'abstention est-elle le nom

On aura beaucoup écrit, beaucoup parlé du taux record (jusqu'à quand,) d'abstentions aux élections municipales 2014: 36,45 % au premier tour (16 millions d'électeurs !), un phénomène amplifié au second tour (38,5%), très marqué dans l'électorat de gauche et à analyser en tant que tel, au delà des résultats concrets des élections et de leurs conséquences pour les élus du PS dans les dizaines de villes perdues comme Pau, Quimper, Toulouse ou Limoges...

On peut , bien sûr, étudier de toujours plus près les comportements citoyens suivant leurs appartenances de classes, géographiques ou leurs âges. C'est instructif et les clés sont maintenant assez connues. Mais ceux-là même qui pleurent des larmes de crocodile en en appelant à un sursaut républicain, qui n'hésitent pas à crier à l'incivisme (des autres) ne sont-ils pas ceux par qui le scandale arrive ? Les populations peuvent-elles aujourd'hui ignorer les grands serviteurs de l'Etat qui s'en sont largement servi, les scandales à répétition des Woerth, Cahuzac ? Peuvent-elles ignorer les accords tacites de co-gestion et d'alternance de l'austérité imposée par les évolutions rapides du capitalisme financier ?

Le vote FN, volontairement mis sur le devant de la scène par les médias et nombre de politiciens, est préoccupant, à relier à la montée de l'extrême-droite dans d'autres pays d'Europe. Il ne peut pas être l'arbre qui cache la forêt d'un désarroi bien plus profond. Sinon, l'antienne du Front républicain fonctionnerait, sinon les partis de la « vraie gauche » trouveraient un électorat plus motivé.

La démocratie représentative à la mode de la V° république perd son sens et devient même illisible.

Comment oublier la victoire du Non au référendum sur le TCE, suivi quand même d'une ratification? Pourtant, l'exercice démocratique avait bien été là, long et approfondi. « les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent », dit la sagesse populaire. La notion même de programme politique, d'orientations alternatives est dévoyée par des pratiques comme celle du gouvernement Hollande (et avant lui Sarkozy le « président des propriétaires ».

Après des années de Sarkozysme douloureux, après des mobilisations sociales massives mais sans victoires concrètes, les Français et Françaises avaient pensé utiliser les élections présidentielles pour chasser Sarkozy, pour un changement de cap. On voit le résultat : même politique avec la Commission européenne et le MEDEF, décisions économiques atterrantes, chômage et inégalités en hausse. Et ce, dès le lendemain de l'élection !

Qui pouvait penser que cela n'aurait aucune conséquence? Les élus-experts sans doute, qui dans le mépris des « administrés », ont accéléré ces dernières années de grandes mutations, négociant entre eux, dans le cumul des fonctions et des responsabilités, des évolutions majeures de l'Etat et des territoires et des droits sociaux. Les intercommunalités, les métropoles prennent de nouvelles prérogatives, les textes régissant les droits des chômeurs, la protection sociale empirent comme une fatalité.

Il en serait presque même étonnant au contraire que tant de citoyens continuent de se rendre aux urnes. Voter, élire sur la base de programmes ceux et celles qui seront chargés dans les années à venir non seulement de gérer les affaires publiques mais aussi de préparer l'avenir, quelle belle idée au fond ! Quand les électeurs ont le sentiment répété que cela ne sert pas à grand-chose, les réflexes du « vote utile » ne fonctionnent plus.

Ce ne serait pas si grave si dans le même temps les mobilisations sociales croissaient, si les citoyens s'engageaient massivement dans les mouvements politiques alternatifs. Car c'est bien là que le bât blesse pour nous. La droite du PS a fait une OPA sur le Parti socialiste, le PS a réussi une OPA sur la représentation de la gauche et cela ne permet pas encore un regroupement lisible à grande échelle à gauche, ni les urnes, ni dans la rue. Les listes à l'initiative du FdG pourtant plus nombreuses et avec plus d'élus que celles du FN sont restées nationalement quasi-inaudibles, sans campagne cordonnée. C'est à cela qu'il va falloir sérieusement s'atteler, non ?

Isabelle Sargeni-Chetaud

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