Dieudonné : au-delà de la "quenelle", l’escalade meurtrière

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Dieudonné : au-delà de la "quenelle", l’escalade meurtrière

Quelle est la différence entre la déclaration du maire UDI de Cholet Bourdouleix éructant en juillet dernier contre les gens du voyage : « "Hitler n'en a peut-être pas tué assez » et celle de Dieudonné éructant dans son théâtre à propos du journaliste à patronyme juif Patrick Cohen : «Moi, tu vois, quand je l'entends parler, Patrick Cohen, j'me dis, tu vois, les chambres à gaz…Dommage.» ?

La vraie différence est que Dieudonné est un multirécidiviste et que ses propos sont diffusés à grande échelle.

Notons aussi que Bourdouleix passe en procès le 23 janvier prochain pour ses propos.

Face à l’emballement médiatique et institutionnel en cours et afin de déterminer les axes de la riposte antiraciste, la première question qu’il faut se poser est la suivante : pourquoi Dieudonné radicalise-t-il à nouveau son propos en appelant à l’extermination dans une chambre de gaz (dont il a par ailleurs nié l’existence avec son ami Faurisson) du journaliste Patrick Cohen ?

4 raisons expliquent cette escalade.

1) Depuis 2001 Dieudonné a sans cesse procédé ainsi, en testant et en lançant de nouvelles provocations. Dieudonné n'est pas du tout un bouffon, même s'il utilise des techniques tirées de cet univers. Il poursuit un combat politique dont la motivation essentielle est l'antisémitisme et de manière de plus en plus ouverte la référence à l'univers nazi.

Au passage, il construit son empire médiatique et économique dont la gestion donne lieu à concurrence et dénonciations.

Au moins depuis les attentats du 11 septembre 2001, après lesquels il a déclaré son admiration pour Ben Laden, Dieudonné n'a plus cessé de radicaliser ouvertement un propos s'inscrivant dans la tradition antisémite et complotiste de l'extrême-droite française et européenne. En même temps, il se réjouissait du soutien que lui apportait les "idiots utiles" qu'il méprise tant et à qui il jetait parfois un os à ronger sous forme d’ « antisionisme » ou de « bataille pour la liberté d’expression ». Notons que Dieudonné n'est absolument pas motivé par le sort du peuple palestinien et par ses aspirations légitimes. Il soutient ainsi actuellement, avec tous ses amis fascistes, le régime syrien d'Assad qui massacre les Palestiniens, notamment ceux du camp Yarmouk de Damas.

Le geste de la quenelle, d’emblée et explicitement antisémite (sous le vocable « antisioniste » en l’occurrence purement cosmétique), lui a apporté une visibilité inespérée.

Son usage est devenu systématique lors des apparitions publiques de Dieudonné au cours de la compagne de la «liste antisioniste», explicitement antisémite, qu’il a présentée en Ile-de-France lors des européennes de 2009, au côté d’Alain Soral, ex-plume de Jean-Marie Le Pen, devenu gourou idéologique de l’ex-humoriste. A l’époque, Dieudonné se réjouissait ainsi : «l’idée de glisser ma petite quenelle dans le fond du fion du sionisme est un projet qui me reste très cher», comme il l’avait déclaré à Libération.

Lors de cette même campagne, le financeur de l’entreprise, Yahia Gouasmi, porteur des 3 millions d’euros fournis par le régime de Téhéran (dixit Soral lui-même), déclarait notamment : « A chaque divorce, moi je vous le dis, il y a un sioniste derrière…. » ce qui démontre évidemment qu'il ne s'agit pas de quelconques "sionistes" mais bien des Juifs de France et d'Europe.

2) Dieudonné surfe sur la radicalisation de la droite réactionnaire qui a manifesté contre le mariage gay. Dieudonné le « libertaire » a ainsi qualifié le mariage gay de : « projet sioniste qui vise à diviser les gens ». Il reprend d’ailleurs, dans le même "spectacle" filmé par Complément d'enquête, les attaques animalières contre C.Taubira (qu’il traite de « sheetah »), comme les plus extrémistes des anti-mariage gay.

3) Il se sent surtout conforté par les sondages favorables au Front National et les perspectives de percée de celui-ci lors des prochains scrutins.

Le Front National est le parti de Dieudonné au moins depuis 2006. Cela a commencé par Bruno Gollnisch le négationniste, qu'il défend officiellement et ouvertement depuis mars 2005, soit il y a plus de huit ans, et de JM Le Pen, à qui il va rendre visite officiellement à la fête du FN en 2006, avant de le l’honorer comme parrain de son enfant. Le Pen et Golnisch ainsi que Florian Philippot le lui rendent bien. Golnisch vient d’encore de faire la propagande de Dieudonné lors d’une séance du Conseil régional de Rhône-Alpes (qu’il a co-dirigé avec Charles Milon en 1998) en concluant par une référence codée, mais claire, au fameux « détail » des chambres à gaz .

Le seul parti dont Dieudonné et Soral sont proches est le Front National. Soral a été membre de son comité central sur intervention directe de Jean-Marie Le Pen. Leur propagande antisémite trouve son débouché politique parmi les militants et sympathisants de ce parti et dans la propagande "souterraine" que ceux-ci développent sur ce thème.

Au-delà de la prétendue "dédiabolisation" affichée par Marine Le Pen, l'antisémitisme demeure puissamment ancré dans les représentations portées par le nationalisme et la xénophobie du FN. De nombreuses remontées de terrain nous parviennent sur un antisémitisme très répandu parmi les jeunes qui gravitent autour du FN, associée à une islamophobie omniprésente. Un autre témoignage public dans ce sens est celui porté par le député Modem Lassalle qui a réalisé un "Tour de France " et qui le raconte. Il note la présence de la "parole antisémite liée à l'argent".

4) Dieudonné se sent aussi conforté par l’impunité dont il jouit avec son acolyte Soral qui vient de publier un livre de débat avec la vedette télévisuelle Eric Naulleau. Le geste d’Anelka en témoigne encore aujourd’hui.

Dieudonné : au-delà de la "quenelle", l’escalade meurtrière

Face à cette situation inquiétante, correspondant à une poussée de l’extrême-droite en Europe, nous en appelons à une mobilisation immédiate de toutes les forces antiracistes et antifascistes, attachées à la lutte pour l’égalité et au refus de l’antisémitisme et du néo-nazisme, à se rassembler localement et nationalement. Le collectif unitaire qui a appelé aux rassemblements après l’assassinat de Clément Méric par un membre du groupe de Serge Ayoub, ami et complice de Dieudonné, le collectif qui a organisé récemment les manifestations du 30 novembre doivent prendre des initiatives unitaires sous toutes les formes : rassemblements, manifestations, pétitions.

Nous soutenons toutes les démarches locales visant à s’opposer aux « meetings d’extrême-droite » que représentent désormais les prestations de Dieudonné, comme à Orléans avec le collectif antifasciste du Loiret. Avec eux, nous exigerons des maires qu’ils prennent des mesures contre ces manifestations de haine et d’apologie du nazisme.

Nous n’allons pas commenter sans fin les déclarations d'un Ministre de l'Intérieur, par ailleurs pas très propre sur lui, qui promet d'interdire tous les spectacles de Dieudonné, comme il a promis il y a six mois de s'en prendre au site d'Alain Soral ("Egalité et Réconciliation" est toujours là), comme il a promis il y a deux mois de s'en prendre sévèrement et pour de bon aux discours racistes ( le site "Fdesouche" est toujours là).

La démarche de Valls est un coup de pub, car il sait très bien qu'il ne peut pas y avoir d'interdiction générale des réunions de Dieudonné. Même une loi nouvelle serait censurée par le Conseil Constitutionnel.

C’est au mouvement social, aux associations unies, de prendre l’offensive et par la même occasion d’éradiquer la puanteur antisémite qui traîne depuis si longtemps dans la société française.

Publié sur le site Mémorial98. http://memorial98.over-blog.com/

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PERRENAUD Jil 09/01/2014 11:21

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GONTIÉ Catherine 04/01/2014 21:56

Merci pour cet article .