Note après Quimper et Carhaix

Publié le par Le blog de la Gauche Anticapitaliste du Tarn & Garonne

Note après Quimper et Carhaix

L’énorme mobilisation des « Bonnets rouges » à Quimper reflète tout à la fois une colère réelle des salariés et laissés pour compte de la crise économique et le résultat d’une manipulation de grande ampleur du patronat grand et petit (MEDEF et CGPME) des puissants lobbies des transporteurs routiers et de la filière agro-alimentaire.

La manifestation du 2 novembre était en effet, à l’origine, issue des mobilisations des salariés, et notamment ceux de Marine Harvest et du comité pour l’emploi de Carhaix (Finistère).

Le détournement et le basculement s'est opéré quand la FDSEA et le Medef 29 (dont le président finistérien était sur place avec un bonnet rouge) sont allés à Châteaulin avec leurs méthodes pour abattre le portique « écotaxe » de Pont de Buis. L'écotaxe est venue au premier plan. Les « organisateurs » ont alors fait de la date du 2 novembre à Quimper leur épreuve de force. Le gouvernement a immédiatement reculé et suspendu l’écotaxe. Dès lors, les mots d'ordre initiaux de la manif du 2 novembre à Quimper seront supplantés par celui « l'écotaxe est suspendue, on veut son retrait ».

La manifestation de Quimper a été chargée d'un contenu très confusionniste autour d’une « fronde » pour la "baisse des charges", l’expression d’un "ras le bol des normes sociales et environnementales", le triomphe du « peuple » contre les élites, de la « Bretagne » contre Paris etc…. Une orientation à forte connotation libérale et productiviste, dissimulée derrière les élans régionalistes et les confusions sociales favorisées par le fait que les mauvais coups viennent de la gauche, tout ça en l’absence d’alternative politique crédible à gauche et face aux très grosses insuffisances des organisations syndicales.

Nous sommes donc réellement en face d'un mouvement populiste à dynamique réactionnaire avec les dangers que cela représente (croyance que l'union sacrée peut permettre de sauver les emplois en sauvant la Bretagne, que les patrons bretons sont du même côté que les salariés bretons, etc... toutes choses entendues dans les interviews).

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Face à cela, les réactions à gauche de la gauche et dans les organisations syndicales n'ont pas été à la hauteur des enjeux : division, ligne de collaboration de classe de FO et de la CFDT, hésitations de la CGT etc.

Personne n'a sérieusement vu arriver la crise et la conjonction des événements dans la région, cette région qui a traditionnellement un fort sentiment d'identité et possède beaucoup de symboles communs forts.

Du coup la manif de Carhaix a permis d'éviter le pire (la disparition de toute expression du mouvement ouvrier dans le cadre d'une énorme manifestation populiste) mais sans ouvrir un débat convainquant avec ceux qui hésitent et sont allés à Quimper sans partager forcément les excès populistes, voir (et surtout) sans rassembler tous ceux qui ont préféré n'aller nulle part, compte tenu de la confusion générale de la situation.

Cette initiative avait l'avantage d'opposer un cadre de front unique au cadre de collaboration de classe de Quimper. Les camarades de la GA se sont démenés pour gagner une majorité pour Carhaix dans Solidaires, dans le FDG 29. Finalement, la Confédération Paysanne, puis EELV Bretagne furent convaincus d’appeler à Carhaix.

Et, en quelques jours, ils sont parvenus sans soutien médiatique comparable à celui pour Quimper à mobiliser 3000 personnes, ce qui est un vrai succès vu la concurrence de Quimper "où il y avait toutes les caméras".

Il faudra revenir rapidement sur tous ces éléments en comprenant les dangers réels de la conjonction : crise économique, incurie de la gauche, offensive patronale, influence des discours identitaires dont témoigne la montée du Front national, non crédibilité d'une alternative de gauche au social-libéralisme ....

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Quant au NPA qui a choisi d’appeler clairement à la manifestation de Quimper en dénonçant la division de Carhaix, il n’a pas pu démontrer la moindre possibilité de se démarquer de la dominante interclassiste. Son influence dans cette manifestation ne correspond à aucune réalité malgré l'implantation des camarades Leur volonté politique de ne pas laisser les salariés à la droite et à l'extrême droite est parfaitement sincère mais vouée à un échec évident et au danger d'en rajouter dans la confusion, au vu des rapports de force.

Insulter les manifestants de Quimper comme a cru bon de le faire Jean-Luc Mélenchon n’était pas juste non plus. Un discours politique clair sur l’ensemble des questions soulevées –à commencer par les questions écologistes tant sur le terrain de l’agro-alimentaire intensif que sur le terrain des transporteurs routiers pollueurs, en continuant par les licenciements en masse- aurait eu un réel impact sur la suite des événements.

Ces explications sont attendues dans les milieux ouvriers, parmi les militants syndicaux et écologistes, désarmés face à cette mobilisation qu’ils n’ont généralement pas soutenue, inquiets des dangers des dérives identitaires qui se développent sur tout le territoire, pour permettre à tous de reprendre espoir.

Le 23 novembre, une mobilisation est prévue à Rennes pour défendre l'emploi dans l'automobile et l'électronique durement touchés. Le mouvement syndical a une grande responsabilité pour être à l'initiative et construire son unité pour construire le rapport de force. Il faut travailler à y associer le secteurs de l'agroalimentaire et travailler pour que cette proposition de mobilisation devienne celle de toutes les organisations syndicales ouvrières. Et dans ces mobilisations, populariser nos propositions « L'humain d'abord », car si nous ne parvenons pas à redonner de l'espoir ... le FN nous attend au coin du bois.

Le 6 nov 2013

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